"Si vous possédez une bibliothèque et un jardin, vous avez tout ce qu'il vous faut."
Cicéron

samedi 1 février 2014

Silence de Comès

 Quelques mots de l'auteur :

«Je voulais illustrer le problème de l'incommunicabilité, et plus précisément de la méfiance instinctive à l'égard des gens "différents", méfiance qui débouche souvent sur la violence. Personnellement, j'ai toujours éprouvé une forme de tendresse envers les êtres marginaux, quels qu'ils soient. Peut-être parce que moi aussi, je me range dans cette catégorie. Le seul fait d'aimer le jazz, dans un petit village aux mœurs assez rigoristes, passait, sinon pour une perversion, au moins pour une bizarrerie.» 

Propos recueillis par Thierry Groensteen pour les cahiers de la bande dessinée n°55.

Avis :

Beausonge : un bien joli nom pour un village !  Pourtant l'ambiance qui règne dans ce petit village des Ardennes est bien éloignée de la promesse formulée : méfiance, avidité, superstitions, ...  autant de mots correspondants aux villageois courbés sur les labeurs de la ferme !  L'existence y semble rude, figée par le temps, emmurée dans un terrible secret. 

C'est là que vit Silence, insensible à la cruauté des autres, les normaux, prenant leurs moqueries pour de gentilles attentions.  Bon et naïf, Silence "appartient" à Abel Mauvy, un homme avare et cruel qui profite du jeune homme pour faire tourner son exploitation à bon compte.  Afin d'assurer son emprise sur le hameau, il n'hésite pas à prêter Silence à ses voisins pour les travaux des champs.

Communiquant difficilement avec les hommes, Silence est plus à l'aise avec les animaux et la nature : la forêt et la nuit lui semblent plus accueillantes.  C'est au hasard de ces expéditions nocturnes qu'il rencontrera la Sorcière, tenue à l'écart du village et décidée à faire de Silence l'instrument de sa vengeance.

Jouant en noir et blanc dans un graphisme remarquable, Comès met en place une atmosphère sombre et inquiétante : tout autour de Silence, le village semble s'être ligué et taire un mystérieux passé.  Une époque révolue dont quelques traces subsistent et qui semble liée aux origines du jeune homme. 

Sous le trait de l'auteur, les paysages ardennais se transforment en lieux pesants, travail et quotidien y sont des supplices sans fin. Les superstitions et la cupidité viennent encore ajouter à l'obscurité ambiante.

De même, les personnages apparaissent crevant de réalisme, sublimes dans leurs pires défauts.  Le dessin est implacable, n'admettant aucune faiblesse, ni pitié.  Tout au long du récit, les émotions et les sentiments dépassent les cases. Par le jeu des contrastes, volontiers ironique, ce sont les héros "différents", meurtris par l'existence et rejetés du monde, qui semblent détenir bonté et compassion.

Émouvante par le destin du héros qu'elle présente,  Silence est une bande dessinée fascinante et ses qualités sont nombreuses : tant par les protagonistes mis en scène, que par le décor habilement reconstitué ou encore par le message sur la différence et l'acceptation de l'autre qu'elle véhicule.  Un album superbe de noirceur, rehaussée de fantastique et de poésie : des pages à découvrir absolument !

Une lecture que je dois à Mo' : merci pour cet avis tentateur !

6 commentaires:

bénédicte a dit…

oh la la tu ne me rajeunis pas, j'ai lu cette BD il y a plus de 20 ans ! c'était mon premier album de ce genre, j'avais adoré , il faudrait que je relise, je l'ai toujours dans ma bibliothèque

manU B a dit…

La BD par laquelle j'ai découvert Comès, un coup de coeur !

Syl. a dit…

Beau billet ! je note... je ne crois pas l'avoir vu chez Mo'.
J'espère que la bibli l'aura !

Sunset Avenue a dit…

Je ne connaissais pas mais pourquoi pas !

Mo a dit…

te voilà partie à la rencontre de Comès ! Le dessin ne semble pas facile d'accès à première vue pourtant il emporte rapidement le lecteur dans un univers intemporel.
Ravie de t'avoir permis de découvrir cet auteur. Je sais que tu vas poursuivre... très bonnes lectures à toi ;)

bénédicte a dit…

mon commentaire via tablette n'apparait pas , ggrrrr !
en gros je te disais que j'avais lu cette superbe BD il y a bientôt 25 ans et qu'il serait temps que je me replonge dedans ...