"Si vous possédez une bibliothèque et un jardin, vous avez tout ce qu'il vous faut."
Cicéron

mardi 23 juillet 2013

La Fille automate de Paolo Bacigalupi



Lecture en partenariat :  Un grand merci aux éditions J'ai lu pour cette excellente découverte !

La présentation de l'éditeur :

Dans un futur proche où le tarissement des énergies fossiles a radicalement modifié la géopolitique mondiale, la maîtrise de la bio-ingénierie est devenue le nerf d'une guerre industrielle sans merci. Andersen Lake travaille à Bangkok pour le compte d'un géant américain de l'agroalimentaire. Il arpente les marchés à la recherche de souches locales au cœur de bien des enjeux. Son chemin croise celui d'Emiko, la fille automate, une créature étrange et belle, créée de toutes pièces pour satisfaire les caprices décadents des puissants qui la possèdent, mais désormais sans plus d'attaches.
 
Avis :
 
Pas vraiment habituée à lire des ouvrages de science fiction, je n’ai pourtant pas hésité longtemps devant la présentation de ce titre que m’a faite Silvana des éditions J’ai lu.  Un choix que je n’ai pas regretté un instant.
Sous la plume efficace de Paolo Bacigalupi, j’ai découvert un monde à la fois profondément différent du nôtre et finalement pas si éloigné.  Peut-être faut-il y voir une version de notre avenir…  Face à la disparition des énergies fossiles, à des manipulations génétiques hasardeuses, les épidémies  ont ravagé la population et changé la face du monde.  La planète est maintenant gouvernée par de puissantes multinationales qui veillent scrupuleusement sur  la nourriture qu’elles produisent.  Le monde est fait de luttes d’influence, d’espionnage, de pots de vin…
A Bangkok, le pays est dirigé par la Reine Enfant, assistée d’un conseiller ; le pays intéresse au plus haut point les investisseurs étrangers car il dispose d’une banque de semences, un véritable trésor en ces temps tourmentés.  C’est dire si le pays est convoité : à l’intérieur même de ses frontières, des querelles intestines font rage et malmènent un peu plus la population.  Trois intervenants de poids se disputent âprement le pouvoir : le Ministère de l’Environnement et ses chemises blanches,  le Commerce et enfin les sociétés étrangères…  Pour la population, écrasée entre le marteau et l’enclume, le quotidien est difficile, fait de débrouille, de faim et de misère.
Dans ce décor dantesque, quelques personnages hors du commun tentent de mener leur barque du mieux possible.  Emiko, une nouvelle personne, une automate abandonnée par son propriétaire : sa vie est un enfer, sa vie est en sursis dans cette société et elle semble si humaine, dans ses réactions, ses interrogations. Jaidee est le capitaine des chemises blanches, un homme intraitable ; il est aimé du peuple mais se fait beaucoup d’ennemi par sa droiture.  Kanya, son adjointe, ne sourit jamais et se veut à la hauteur de son mentor.  Anderson, le gaijin, tente de positionner au mieux les intérêts qu’il représente, sa rencontre avec Emiko procure à la jeune femme l’espoir d’une nouvelle vie.  Hock Seng est son assistant : ancien homme d’affaires, il cherche à se renflouer et n’hésite pas à nouer de dangereuses alliances.
La première partie du roman installe l’histoire, fait découvrir au lecteur cet univers aux allures d’apocalypse : la société thaïlandaise et les différentes « castes » qui la composent, les forces en présence, le quotidien adapté…  Ainsi, plus de voitures, sauf pour de très rares privilégiés, mais des vélos ou des rickshaws, des nourritures inconnues au nom barbare, des animaux créés de toutes pièces comme ces Cheshire : conçus comme cadeau d’anniversaire, ils se sont multipliés et hantent les rues.
Au lecteur également de se plier au vocabulaire employé par l’auteur qui mêle volontiers au récit des termes thaïs, les utilisant de la même manière : le terme waï désignant le salut est par exemple utilisé comme un verbe classique et utilisé fréquemment.  Cela peut dérouter au début mais on s’y fait vite.  D’autant que cet ouvrage mérite amplement ce petit effort de concentration !
Passé ce début un peu laborieux (et le terme est fort), le lecteur est emporté par cette histoire passionnante, soucieux de découvrir ce qu’il adviendra de ce monde que l’on devine en pleine mutation et des protagonistes pour lesquels on éprouve de la sympathie.  Pour ma part, Emiko et son envie de liberté, Kanya, victime de son sens de la justice et son sérieux.  J’ai pris grand plaisir à suivre leurs aventures, à les voir évoluer dans cet univers terrible, en manque de valeurs.  L’auteur signe ici une lecture coup de poing, en entraînant son lecteur dans un futur d’épouvante et en l’incitant sans aucun doute à la réflexion.
 


1 commentaire:

Alison Mossharty a dit…

Je l'avais déjà vu en librairie mais je n'avais pas cédé à la tentation =) Maintenant je regrette un peu !