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Cicéron

mercredi 5 octobre 2011

De mémoire indienne de Lame Deer et Richard Erdoes

Lecture en partenariat avec Les agents littéraires et les Editions Présence, Image & Son : un grand merci à tous deux pour cette découverte.

Le livre : De mémoire indienne de Lame Deer et Richard Erdoes, Editions Présence, Image & Son, 416 pages, biographie, 24 €

Le pitch : John Fire Lame Deer (Tahca Uhste) est un Indien lakota né au début du XXe siècle sur la réserve de Rosebud dans le Sud-Dakota.
Tour à tour clown de rodéo, soldat, prisonnier puis policier, peintre en lettres, ouvrier agricole, berger, chanteur, il est avant tout un. wicasa wakan, un homme-médecine sioux, un quêteur de vision, gardien de la spiritualité et des traditions de son peuple. Richard Erdoes, artiste né à Vienne en 1912, rencontre Lame Deer à New York en 1967 lors de la marche pour la paix de Martin Luther King. Ce livre exceptionnel et sensible, fruit de la profonde amitié entre les deux hommes, sera son premier d'une longue série consacrée au monde amérindien.

Avis : A l’origine de cet ouvrage, une rencontre un peu improbable entre deux hommes : l’un, Richard Erdoes, est un artiste viennois en quête d’évasion, l’autre, John Fire Lame Deer, est un Indien Iakota, monté à New York en 1967 pour se joindre à la Marche pour la Paix de Martin Luther King, pour entrer en contact avec le monde extérieur et lever le rideau de peau de daim (traduit par la chape de plomb) baissé sur les Indiens. Une amitié solide réunira les deux hommes et les conduira à la rédaction de cet ouvrage qui nous présente la vie mouvementée de Lame Deer et sa vision de notre civilisation.

La première partie du livre nous présente Tahca Uhste, depuis sa petite enfance à sa renaissance en temps qu’homme-médecine, sous le nom de Lame Deer. Entre ces deux périodes : une vie d’errance et d’excès où l’auteur passe d’un métier à l’autre, n’hésitant pas à l’occasion enfreindre la loi et à se moquer des représentants de l’ordre blancs.

C’est finalement la prison qui lui fit comprendre qu’il devait trouver une nouvelle voie, digne de ses racines. Voici ce qu’il en dit : J’étais jeune, et c’était sans doute une manière puérile de dire : « Regardez, je suis un homme. J’existe. Faites attention à moi ! » Maintenant, je suis une vieille tique, comme on dit, censé être très sage et respectable, mais je ne peux toujours pas m’empêcher de sourire quand je repense à la pagaille que j’ai pu semer… je me suis comporté comme un type qui veut montrer au monde qu’il a des couilles. Mais cette histoire m’a permis de sentir que ma vie avait son importance, sa raison d’être. Et ça valait le coup d’aller en taule pour le piger ! »

Dans la seconde partie de l’ouvrage, Lame Deer nous présente sa conception de notre monde, n’hésitant pas à comparer les versions blanche et rouge. Ainsi, il traite tour à tour des relations homme-femme, de la mort, de l’argent, de la médecine… J’ai, entre autres, appris que le dollar est appelé la peau de grenouille verte et Lame Deer compare son importance et son usage dans nos deux univers.


Les traditions indiennes font également l’objet de ce livre : l’auteur les décrit minutieusement, expliquant leurs origines et le pourquoi du comment car certaines peuvent sembler brutales, voire cruelles à un esprit non averti. Une découverte bien intéressante, une façon de voir les choses assurément différente mais hautement profitable.

Le langage de l’auteur est savoureux, drôle, sans concession. Le texte se lit très facilement et si l’auteur souhaite inviter le lecteur à la réflexion, son message n’est pas pesant pour autant. Il pointe du doigt les contradictions de notre vie moderne et adresse un message de paix pour les générations à venir. Certains passages m’ont particulièrement interpellée : ainsi le chapitre où l’auteur traite du Mont Rushmore invite indubitablement à la réflexion… La vision indienne des jumeaux est une façon d’expliquer les naissances gémellaires remplie d’amour et d’espoir. Il s’agirait d’une volonté des dieux de réunir des personnes qui se sont beaucoup aimées, et pas uniquement des amants, en leur offrant la possibilité de renaître ensemble dans une nouvelle vie.

A noter également, la comparaison rond-carré ou l’opposition de philosophie de vie entre l’homme blanc et l’Indien :
Selon notre façon de penser, ce qui symbolise l’Indien, c’est le cercle. La nature veut la rondeur. Les corps des êtres humains et des animaux n’ont pas d’angles. (…)
Ce qui symbolise l’homme blanc, c’est le carré. Sa maison est carrée, comme le sont aussi ses bureaux dans des immeubles aux multiples cloisons, séparant les gens les uns des autres. (…) De même ; le temps de l’homme blanc est plein d’aspérités, avec des rendez-vous, des pendules et des heures de pointage. Voilà ce que signifie l’angle pour moi. On devient prisonnier de toutes ces boîtes.


C’est donc avec un avis extrêmement positif que je ressors de ma lecture de «De mémoire indienne», je remercie Les agents littéraires, et spécialement Vincent, et les Editions Présence, Image & Son, en la personne de Monsieur Roudière, pour cette découverte et pour leur cordialité et leur disponibilité lors de nos échanges.

Et s’il fallait mettre une note… 4/5

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