"Si vous possédez une bibliothèque et un jardin, vous avez tout ce qu'il vous faut."
Cicéron

mardi 12 mars 2013

Rideau ! de Ludovic Zekian

Lecture en partenariat dans le cadre de l'opération Masse Critique : un grand merci à Babelio et aux Editions Phébus.

La présentation de l'éditeur :

Enfant, je suis le fils du magasin vert…
Combien de fois cette fichue expression a résonné ! Elle émane de mes professeurs comme des parents de mes camarades de classe. Je souris et prends bien garde de maintenir mes lèvres closes, de n’en laisser échapper aucun son.
Ne pas répondre.
Surtout ne pas répondre.

Originaire de province, issu « de la race des fils de commerçants. De petits commerçants. », le narrateur est confronté à son passé lorsque la maison de la presse-librairie familiale dans laquelle il a grandi va fermer. Cet événement qui lui paraît tout d’abord dans l’ordre des choses le conduit à accompagner sa mère, prise au piège de bouleversements aussi brusques qu’inéluctables. Peut-il l’aider quand les commerces de proximité et les librairies sont chassés des centres-villes ? Qui remplacera les discussions avec les habitués du petit matin, les coups de cœur et les vitrines ? Le rideau métallique va tomber. Entre silences et non-dits, entre délicatesse et questionnement, Rideau !, hommage à la librairie traditionnelle et à tous ceux qui la défendent, témoigne de ces vies que l’on affirme minuscules et des liens sociaux quotidiens qui se tissent dans les rayons.

Avis :

Enfant de commerçant, Ludovic Zékian nous relate, dans ce texte intime et sensible, le parcours familial depuis un magasin de prêt-à-porter à Bourgoin-Jallieu jusqu’à la Maison de la Presse de la Tour du Pin où sa mère prendra sa retraite.  Face à l’annonce de la fermeture, il retrace le cheminement de sa mère, fille de forain, habituée, dès son plus jeune âge, sur les marchés, au métier de commerçant, et y liée corps et âme.

« Elle est le magasin.
Il lui ressemble trait pour trait.  Plus qu’une patte, qu’une marque qu’elle lui aurait imprimée, il est sa créature.  Il vit par elle, qui lui donne son souffle.

Qui vit pour et par lui. »

Attentive au moindre détail, l’œil sans cesse aux aguets, elle a engrangé idées et aménagements à reproduire dans son propre commerce, son khanout selon l’expression arménienne familiale.  Inlassablement, elle cherche à innover, à séduire le client, à mettre en valeur les produits proposés à la vente, ne reculant devant aucun effort.  Ainsi, cette folle devanture au moment des fêtes : deux façades décorées en branches de sapin !  Des efforts et de l’imagination qui n’empêcheront pourtant pas le rideau métallique de se baisser définitivement.

Fonctionnaire, établi à Paris, Ludovic Zékian rend hommage avec ce texte à sa mère, à sa ténacité et à son dévouement au commerce familial.  Il évoque, à travers elle, les petits commerçants et les magasins traditionnels qui soufrent de la crise et survivent péniblement à la conjoncture actuelle.  En présentant les petites joies et les côtés plus sombres de cette profession, indispensable au bien-être de notre tissu social, il nous invite à nous pencher sur la disparition de ces lieux de convivialité, fortement malmenés à l’époque des méga-centres commerciaux, impersonnels et uniformisés.

L’auteur conclut sur une note touchante, en imaginant les efforts qu’aurait déployés sa mère pour la sortie et la mise en avant de ce livre : séance de dédicace, commande extravagante, podiums, … Une jolie manière de refermer ce texte personnel, hautement réaliste et émouvant.   Tous mes remerciements à  Babelio et aux Editions Phébus pour cette belle découverte !

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4 commentaires:

Jérôme a dit…

ça me parle cet hommage à la librairie traditionnelle. La dernière de ma ville vient de fermer et c'est un vide incommensurable pour les amoureux des livres.

Nahe a dit…

C'est un texte interpellant, je te comprends... J'ai encore la chance d'avoir une petite librairie pas trop loin et j'apprécie !

Eléonor a dit…

c'est un livre qui m'a beaucoup touchée et beaucoup émue. Ce qu'il dit est vrai sur les petits magasins qui meurent parce qu'on n'y va plus, et tout ça dans l'indifférence.
Quel beau portrait de mère : j'aimerais que mes enfants parlent de moi avec autant d'amour plus tard!

Nahe a dit…

Un très joli roman, d'utilité publique malheureusement...