"Si vous possédez une bibliothèque et un jardin, vous avez tout ce qu'il vous faut."
Cicéron

mardi 22 avril 2014

Le Choeur des femmes de Martin Winckler

Le résumé de l’éditeur :

Je m'appelle Jean Atwood. Je suis interne des hôpitaux et major de ma promo. Je me destine à la chirurgie gynécologique. Je vise un poste de chef de clinique dans le meilleur service de France. Mais on m'oblige, au préalable, à passer six mois dans une minuscule unité de «Médecine de La Femme», dirigée par un barbu mal dégrossi qui n'est même pas gynécologue, mais généraliste! S'il s'imagine que je vais passer six mois à son service, il se trompe lourdement. Qu'est-ce qu'il croit? Qu'il va m'enseigner mon métier? J'ai reçu une formation hors pair, je sais tout ce que doit savoir un gynécologue chirurgien pour opérer, réparer et reconstruire le corps féminin. Alors, je ne peux pas – et je ne veux pas – perdre mon temps à écouter des bonnes femmes épancher leur cœur et raconter leur vie. Je ne vois vraiment pas ce qu'elles pourraient m'apprendre.

Avis : 

Pour Jean Atwood, interne des hôpitaux et major de promo, un patient se résume, la plupart du temps, à un corps dans lequel inciser. En bout de formation, un poste envié semble déjà l'attendre.  Il lui reste pourtant une formalité à accomplir : effectuer ses six derniers mois au sein de l'unité 77, consultation gynécologique dirigée par le docteur Karma, un "simple généraliste".

Les pieds de plomb, Jean y passe sa première journée : une épreuve pour l'interne et son maître de stage.  Tous deux semblent avoir des vues diamétralement opposées de la médecine.  A un point tel que le docteur Karma met le marché suivant sur la table : une semaine dans son service contre la validation de ses six mois de stage. Si Jean désire toujours s'en aller...

En commençant ce billet, je sais déjà qu'il me sera très difficile de vous en parler, tant j'ai aimé cette lecture.  Je me suis déjà torturé les méninges avec le résumé, cherchant à ne rien dire, tout en vous donnant envie...  Vous donner mon impression ne sera pas plus facile ! 

Du côté des personnages, il y a bien sûr le fameux docteur Karma, tant décrié mais adulé par ses patientes.  A l'opposé, le docteur Atwood, pétri d'un savoir tout neuf et de l'importance que peut avoir cette science.  Les deux médecins et leur vision de la médecine vont tout au long de l'ouvrage s'opposer, prenant la parole tour à tour. 

Bien sûr, cet affrontement est savoureux mais il n'y a pas que cela : l'environnement joue un rôle également.  Ce roman se passe dans une consultation gynécologique et d'un bout à l'autre de la semaine, les patientes y défilent, apportant leur lot de souffrances et de joie, parfois.  Ce contexte donne une dimension très humaine et réaliste à l'ouvrage, autre bon point. 

Les personnages secondaires viennent également apporter leur petite pierre à l'édifice.  Personnel soignant, patientes, ... s'expriment au fil des chapitres, ajoutant tour à tour leur modeste contribution, dans ce roman bien nommé.


Si je reste un peu dubitative face à la fin du récit, en préférant nettement la première partie, ce bémol n'entame guère mon enthousiasme face à ce roman passionnant.  Ainsi il y a toutes les petites choses que je passe sous silence, soucieuse de ne pas en dire trop, vous invitant simplement à découvrir ce texte à votre tour ! 

lundi 21 avril 2014

Les Cordes de Cristal, tome 1 et 2 d'Anne Robillard

Lecture en partenariat avec Livraddict et les éditions Michel Lafon : un grand merci pour cette lecture !

La présentation de l'éditeur :

Entre Palm Springs et Los Angeles se trouve Kennenika, une toute petite ville qui dégage une énergie étrange et inspire aux plus grands musiciens de la planète rock une incroyable créativité…

Jippy Wade, guitariste adulé du groupe Texas Gray Wolf, achète un vaste terrain au milieu de nulle part pour y construire le studio d’enregistrement Tex-son, où vont se bousculer les meilleurs groupes du moment. Mais la soif du succès se paie au prix fort pour cet homme qui a dû abandonner sa femme et se retrouve maintenant seul, en proie à ses vieux démons.

En cherchant de nouveaux talents, Jippy espère avant tout trouver une paix intérieure. Mais l’arrivée à Tex-son des imprévisibles frères Specogna va attiser les rivalités et provoquer de mystérieux incidents… Quel secret se cache entre les murs de ce studio qui suscite toutes les convoitises et transcende les artistes qui s’y produisent ?

Avis :

Perdu au milieu de nulle part, Kennekina est le lieu qu’a choisi Derek Sands, chanteur de Texas Gray Wolf pour installer son domaine.  Il a cédé un terrain à Jippy Wade,  guitariste du groupe, qui souhaite y construire un studio d’enregistrement. 

Un projet qui demande du personnel et donc l’obligation de le loger. Quelques maisons seront donc construites en plus du studio et l’endroit se développe doucement.

L’arrivée du groupe Arial et ensuite du guitariste Keith Roe amènent du changement dans la région.

Dans l’épisode 2, les années ont passé : Arial est en plein renouveau.  Au studio Tex-Son, de nouveaux artistes enregistrent et des musiciens de studio sont embauchés.  Au studio, au club, des liens se tissent entre tous ces personnages.

Grande fan des Chevaliers d’Emeraude, je me suis précipitée sur ce nouveau, double, volume d’Anne Robillard, heureuse de découvrir sa dernière série.  Si j’ai bien retrouvé le style plaisant de l’auteur, j’ai rapidement déchanté, me trouvant face à une série pour le moins déstabilisante. 

Après avoir lu ces deux épisodes, je me sens bien en peine d’identifier le projet de l’auteur : d’un récit à l’autre, les héros sont tout à fait différents.  Certains au cœur de l’action au début du roman se trouvent soudain relégués à l’arrière-plan et voire absents.  Le but est peut-être de mettre en lumière le fameux studio, auquel cas les intervenants ne feraient qu’y passer. 

Quoi qu’il en soit, il est difficile d’identifier de véritable héros dans cette série.  Il m’a même été malaisé de m’y retrouver entre les habitants, les membres des groupes, …  Impossible, dans ces conditions, de suivre avec plaisir l’un ou l’autre personnage.  Dans la même logique, je n’ai pas trouvé de fil rouge à cette histoire, j’y ai juste suivi quelques aléas de la construction du studio, des tournées, des relations, pas vraiment intéressantes, entre les personnages qui apparaissent au fil des enregistrements.

Quant à la magie annoncée, elle m’a semblé jusqu’ici plutôt absente ou bien légère.  Une déception sur toute la ligne donc mais ayant lu d’autres avis plus favorables, je vous inviterai donc, si cette série vous tentait, à vous forger votre propre idée.

samedi 19 avril 2014

La baie des baleines de Jojo Moyes

La présentation de l'éditeur :

Sur les plages préservées au sud de Sydney, Silver Bay est un véritable havre de paix. C'est ici que s'est réfugiée Liza McCullen avec sa fille Hannah pour échapper à sa vie passée. Mais l'arrivée de Mike Dormer va bouleverser la tranquillité de la petite communauté. Cet Anglais trop curieux, qui prétend être venu à Silver Bay pour se reposer, risque en réalité d’anéantir tous les efforts de Liza pour sauver le petit hôtel familial et protéger les baleines.

La Baie des baleines nous plonge dans la nature sauvage australienne, autour de personnages en quête de nouveau départ.

Avis :

Sur le point de se marier, Mike, un jeune Anglais, est envoyé en mission en Australie : il doit y finaliser un dossier important, un complexe hôtelier de luxe, pour son patron et futur beau-père.

Sur place, il prend pension chez Kathleen, célébrité locale pour avoir réussi l’exploit de capturer seule un requin lorsqu’elle était adolescente. 

Outre cette vieille dame attachante, il fait la connaissance de Liza, sa nièce et de l’adorable Hannah, sa fille. 

Il découvre aussi la communauté des baleiniers qui vit du tourisme des baleines, mais en respectant scrupuleusement les animaux et l’environnement.  C’est ainsi tout un village qui vit depuis toujours, au rythme de la mer et de ses habitants.  Un endroit où, Mike s’en rend compte davantage chaque jour, il fait bon vivre…

Dans ce récit au décor de rêve, Jojo Moyes met en scène des personnages sympathiques et attachants, à l’image de Kathleen et son amoureux de toujours ou de la jeune Hannah, pleine de malice et de ressources !
Difficile de ne pas épouser leur cause ou de rester de marbre à la vue de ce petit Poucet aux prises avec des entreprises immobilières gigantesques…

Si d’entrée de jeu, le lecteur a l’impression de deviner l’issue de ce bras de fer, ceci n’enlève rien au charme de ce roman.  Car l’auteur pourrait bien réserver quelques surprises, en abordant le poids du passé et les sentiments humains dans un récit dépaysant, très agréable à parcourir.

vendredi 18 avril 2014

Come prima d'Alfred

 
Le résumé de l'éditeur :

Début des années 60. Suite à la mort de leur père, deux frères, Fabio et Giovanni, sillonnent les routes au volant d'une Fiat 500. Leur voyage, émaillé de disputes et de silences, de souvenirs et de rencontres, les conduira jusqu'à leur Italie natale, quittée depuis des années. 

Par bribes, le portrait de leur père se recompose et les amène à mettre en lumière leurs relations tumultueuses...


Avis :

Fin des années cinquante, Fabio et Giovanni  : deux frères que les aléas de la vie et dix ans ont séparés et qui se retrouvent aujourd'hui autour des cendres de leur père.  Giovanni aimerait qu'ils accompagnent ensemble l'urne vers leur pays natal, l'Italie.  Fabio ne souhaite rien changer, il a tiré un trait sur le passé et c'est bien ainsi. 

Pour échapper aux conséquences d'une énième embrouille, il va pourtant accepter la proposition de Giovanni et les voilà embarqués à bord de la Fiat 500 familiale, à travers la France et l'Italie.
Les kilomètres défilent et l'ambiance change : les secrets de famille se dévoilent et l'animosité et les non-dits font place à la nostalgie, ou inversement... 

Deux récits s'entrecroisent dans cet album, le graphisme note le passage de l'un à l'autre : le périple de Fabio et Giovanni, en route vers l'Italie est dessiné de façon classique.  Les flash du passé sont marqués de traits épais, colorés de jaune, rouge et bleu.  Le contraste est frappant, à l'image de ces deux frères que tout oppose.

En parallèle, les couleurs sombres du début du récit présent s'effacent et des couleurs plus vives gagnent du terrain : jaune, bleu, orange dominent alors les pages.  La chaleur monte au fil du voyage,  ou des changements qui s'opèrent chez les héros, elle est perceptible et les paysages sont peu à peu saturés, écrasés sous le soleil.  Le passage de douane des deux frères, la mer, les premières oranges, j'ai eu l'impression d'y être  moi aussi...

De façon magistrale, cet album nous raconte une histoire de famille somme toute banale mais la maîtrise de la narration et le jeu des couleurs en partagent si bien l'atmosphère qu'ils en font un merveilleux récit, un ouvrage qu'on a envie de partager absolument.


BD reçue dans le cadre de l’opération « la BD fait son festival » organisée par Price Minister.  Ma note : 18/20.

lundi 14 avril 2014

153 jours en hiver de Xavier-Laurent Petit

Un grand merci aux éditions Flammarion pour cette lecture en partenariat.

La présentation de l'éditeur :

Galshan doit passer l'hiver chez son grand-père, Baytar. Elle le connaît à peine, car il habite seul au cœur des steppes mongoles. Galshan n'est pas habituée à de telles conditions de vie, et encore moins au caractère difficile de son grand-père ! Elle compte avec angoisse les cent cinquante-trois jours à venir, jusqu'à ce que la capture et le dressage d'un aigle leur apprennent à s'apprivoiser l'un l'autre.

Avis :

Dans une ville désolée de Mongolie, Galshan attend le retour de son père : au volant du camion de la coopérative, Ryham traverse le continent et est rarement à la maison.  Les retrouvailles sont toujours joyeuses et souvent agrémentées d'une sortie à cheval, un pur bonheur pour Ryham et Galshan.

En ce moment, sa maman Daala est enceinte mais les nouvelles ne sont pas bonnes : elle doit rester alitée pour les cinq mois à venir et la petite fille est envoyée chez son grand-père, Baytar, dans les steppes. 

Déjà inquiète pour la santé de sa mère, Galshan n'a pas envie de partir : elle ne connaît pas son grand-père et appréhende son séjour loin des siens.  Un peu perdue, elle découvre chez Baytar, un mode de vie tout à fait différent, au cœur d'une nature sauvage qu'elle devra apprivoiser.  Peu à peu, elle se découvre des points communs et des affinités avec ce grand-père hors du commun.

Galshan est une enfant sage et responsable : très vite, elle se fait à son nouveau quotidien, perçant à jour les manigances de Baytar pour l'intégrer à la vie dans les steppes mais jouant le jeu.  Intrépide, elle saura faire face aux différents coups du sort et à cette existence à la dure. 

Son parcours loin de la civilisation est intéressant et agréable à suivre, tout comme sa confrontation avec Baytar.  Xavier-Laurent  Petit nous propose un décor superbe mais combien hostile.  Il y décrit, au fil du séjour de Galshan, des conditions de vie inimaginables pour les petits européens dans ce "pays d'hommes debout".

Si le thème au centre de l'intrigue peut avoir un air de déjà-vu, ce cadre atypique donne au récit un air plus qu'original et fait de ce roman un titre jeunesse dépaysant et instructif.


A noter également, le livret inséré à la fin de l'ouvrage offre un prolongement de cette lecture : vocabulaire, jeux de mots, expression écrite, ... sont proposés au jeune lecteur afin d'approfondir la découverte du pays, par exemple.

vendredi 11 avril 2014

Terre-neuvas de Christophe Chabouté


Le résumé de l'éditeur :

Chaque année des milliers de pêcheurs de morues partaient en direction de Terre-Neuve, vers des mers froides et dangereuses. 

Durant ces longues campagnes qui pouvaient durer six à neuf mois, la maladie, les blessures, les noyades, l'hygiène déplorable, la saleté repoussante, la violence et l'alcoolisme étaient le lot quotidien de ces pêcheurs que l'on surnommait aussi les 'forçats de la mer'. 

3 avril 1913, après avoir navigué pendant trente-sept jours, la goélette 'la Marie-Jeanne' et ses 28 hommes d'équipage arrivent enfin au large de Terre-Neuve mais les poissons ne 'donnent' pas. 


L'absence de bancs de morues présage une mauvaise pêche et un maigre salaire. Les tensions montent. L'ambiance à bord s'échauffe. Quand un matin, on découvre le corps inerte du second dans sa couchette, un couteau planté dans le dos.   Autour du manche, un petit ruban de soie.



Avis : 


Février 1913 : la Marie-Jeanne vient d’embarquer pour la pêche à la morue : à son bord, des marins chevronnés, de vieux loups de mer et pour son premier voyage, le Boueux.  Malmenés par ses pairs, le Boueux est la bête noire du navire.  Il se tait et fait de son mieux.  Le mousse n'a pas plus à lui envier.  Avant d’arriver vers les bancs de morue, le travail est déjà rude et le plus dur reste pourtant à venir…

Après quelques jours de pêche, le poisson se fait rare et l’ambiance est tendue : les hommes pensent à la paye, ils se querellent facilement, le capitaine force sur la bouteille, …  Lorsque le second est retrouvé mort d'un coup de couteau, les doutes et les suspicions viennent s’ajouter à une atmosphère déjà tendue !

Avec une parfaite maîtrise du noir et blanc, Chabouté nous offre un album où l’atmosphère domine : la difficulté de la vie à bord, les tensions, la toute puissance des flots, transpercent les pages et sautent aux yeux du lecteur.  

L’écriture du journal de bord, semblant faite de coulures renforce ce sentiment de malaise et de difficulté.  De loin en loin, la brume s'invite dans ces pages et s'ajoute à l'équation.  Les portraits des hommes, sans compromission, consolident à leur tour la puissance de cet album.

A ce climat déjà orageux, vient se greffer un volet policier : un mort, puis deux, puis trois…  Pourtant, hors de question de débanquer.  La pêche laborieuse tourne au huis-clos angoissant : tout le monde surveille tout le monde, la tension monte et une étincelle peut mettre le feu aux poudres.  Il ne faudrait pas grand'chose pour désigner un bouc émissaire...

Un magnifique album sur la difficile existence des marins, un aspect policier qui vient distiller le suspense, un graphisme superbement mis au service de l'histoire, ...  Une BD que je ne peux que recommander !

jeudi 10 avril 2014

La dame à la camionnette d'Alan Bennett

La présentation de l'éditeur :

Miss Shepherd, vieille dame excentrique, vit dans une camionnette aux abords de la résidence londonienne d’Alan Bennett. Victime de l’embourgeoisement du quartier et de quelques vauriens, elle finit par installer son véhicule dans la propriété de l’auteur. 

Commence alors une incroyable cohabitation entre la marginale et la célébrité, qui durera près de vingt ans.

Entre disputes, extravagances et situations drolatiques, la dame à la camionnette n’épargne rien à son hôte ni au lecteur. Bennett, en excellent conteur, saisit leur duo et livre, au-delà des anecdotes, un tableau très juste du Londres des années 1970 et 1980, de sa bourgeoisie progressiste et de ses exclus.

Un récit d’une grande humanité qui croque avec humour les travers de la société britannique contemporaine.

Avis 

Un brin originale et volontiers revêche, Miss Shepherd a installé sa camionnette sur Gloucester Crescent. Lorsqu'elle veut la déplacer, elle demande, de façon plutôt autoritaire, l'aide des passants. Dont Alan Bennett. Elle passe ses journées assise sur le trottoir et à l'occasion, vend des crayons et de petites brochures qu'elle rédige elle-même.

Régulièrement, la camionnette est victime de vandalisme et soucieux de préserver sa tranquillité d'esprit, l'auteur propose à Miss Shepherd d'occuper une dépendance de sa propriété. 

De fil en aiguille, la camionnette finira par rallier également son domicile.  Obstruant sans vergogne le passage...  Dans la même logique, la vieille dame n'hésite pas, le soir, à protester contre les invités qu'Alan Bennett raccompagne ou à lui confier sa liste de courses. 

Au fil des ans, de 1969 à 1989, se noue une relation étrange entre l'écrivain et Miss Shepherd, SDF; ce petit roman nous en fait le récit, oscillant entre drôlerie, agacement et tendresse, égratignant au passage la société britannique.  Un texte court et plaisant mais qui incite à la réflexion, car la société britannique n'est pas la seule en cause, et à l'abandon de nos trop fréquentes œillères...

mercredi 9 avril 2014

Les poètes morts n'écrivent pas de romans policiers de Björn Larsson

La présentation de l'éditeur :

Par une brumeuse nuit de février, l'éditeur Karl Petersén arrive, non sans quelques inquiétudes, dans le port d'Helsinborg, avec une bouteille de champagne et le contrat du poète Jan Y. Nilsson, qui vit à bord d'un bateau de pêche. L'éditeur l'a persuadé d'écrire un roman policier, futur best-seller, déjà vendu aux plus prestigieuses maisons d'édition d'Europe. Mais le poète acceptera-t-il de le signer ? Se résignera-t-il à sacrifier sa réputation et à se plier aux lois du marché ?
Lorsque Petersén découvre Jan Y. pendu, la réponse semble évidente. Le commissaire Barck, chargé de l'enquête, n'a aucun doute : les poètes ne se font pas assassiner, ils se suicident. Pourtant, les mobiles ne manquent pas...

Avis :

Auteur de poèmes, Jan Y. Nilsson vient d’accepter, à la demande de son éditeur Karl Petersen, d’écrire un roman policier.  Les tractations sont sur le point d’aboutir et les deux hommes ont rendez-vous pour la signature du contrat. 

A son arrivée sur le bateau du poète, Petersen fait une macabre découverte : Jan Y s’est pendu.  Dépêché sur les lieux, le commissaire Barck est bouleversé : il connaissait bien Jan Y mais ne perd pas le nord pour autant.  Lui aussi poète, à ses heures perdues, il voit dans sa rencontre avec l’éditeur une chance inespérée et n’hésite pas un instant à se charger de l’affaire.  

A priori simple, la pendaison de Jan Y pourrait pourtant se révéler  plus compliquée qu’il n’y paraît.  De quoi occuper les nuits du commissaire Barck et lui faire regretter de s’être porté volontaire…

Plantant le décor de son roman policier dans le monde suédois de l’édition , Bjorn Larsson nous propose un environnement bien original.  D’autant que la victime vivait sur un bateau et que le commissaire chargé de l’enquête est lui aussi friand de poésie.  Le mélange est intéressant !

Le récit est à la hauteur de cet écrin atypique : l’auteur inclut, notamment, le récit au centre de la trame,  le fameux polar, tant décrié par certains, tant attendu par d’autres.  

Il y ajoute un brin d’ironie, des mobiles un peu flous, une intrigue qui se traîne - ce qui ne m’a pas dérangée pour autant -,  quelques suspects à suivre, ... Le tout donne un roman policier original, agréable à suivre et très réussi.  N'hésitez pas à embarquer à votre tour !

mardi 8 avril 2014

Passeurs de mort de Fabrice Colin

Lecture en partenariat avec Book en Stock et les  Editions Flammarion : un grand merci pour cette découverte.

Le résumé de l'éditeur :

Après le décès de son oncle, Angel voit sa vie bouleversée. Du jour au lendemain, elle peut voir la Mort, ou plus exactement le passage de la vie à la mort. Angel devra affronter ce qui la terrifie le plus.

Avis :

À la mort de son oncle, Angel reçoit un héritage un peu particulier : un manuscrit et de drôles de lunettes.  Pour en comprendre le fonctionnement, la jeune fille doit se rendre à l’hôpital où son oncle était soigné.  Un infirmier, Nabir, pourra l’aider.  Munie des lunettes, Angel comprend qu’elle peut voir les personnes accompagnant les défunts vers l’au-delà.

Désireuse d’en savoir plus, elle se lance dans des recherches et croise alors le chemin de la famille Cooper : des pouvoirs étranges, une atmosphère pesante, de lourds secrets familiaux, ...  Voilà Angel plongée dans une aventure fantastique qu'elle n'aurait jamais pu imaginer !  Elle qui rêve pourtant d'intégrer une fac de littérature...

Munie des lunettes de son oncle, Angel et, avec elle Fabrice Colin, nous entraîne dans une équipée hors du commun : là voilà dotée d'un étrange pouvoir !  En même temps, elle se place sans le savoir au centre d'une histoire de famille compliquée et plutôt périlleuse. 

Dès lors, le rythme s'accélère, les événements s'enchaînent, ...  mais Angel persiste : elle se rend bien compte des risques, de sa situation face à sa propre famille, à ses employeurs mais veut à tout prix mener à terme cette aventure.  C'est une battante, elle se sent liée à son oncle et refuse de renoncer.


Avec cette héroïne tenace, Fabrice Colin nous offre une lecture captivante, tout en action et en rebondissements, dans un univers soigneusement construit.  Un grand merci à Book en Stock et aux  Editions Flammarion pour ce roman intrigant et efficace !






Dup et Phooka organisent en ce moment le mois de Fabrice Colin : critiques, interview, inédits, ... sont à découvrir sur le blog !





lundi 7 avril 2014

Moi Ambrose roi du Scrabble de Susin Nielsen

Le résumé de l'éditeur :

Ambrose, allergique aux cacahuètes, passe pour un loser absolu. Lui et sa mère ultra-protectrice, Irène, déménagent sans arrêt. Le jour où l'adolescent est empoisonné au collège, Irène décide de le déscolariser. Cloîtré chez lui, Ambrose s'ennuie à mourir, jusqu'au jour où il rencontre Cosmo, le fils des voisins, un jeune homme un peu mal parti dans la vie. Par hasard, ils se découvrent une passion commune pour le Scrabble. Si l'arrivée de Cosmo dans leur petit cocon est vue d'un très mauvais oeil par Irène, Ambrose n'en démord pas : son intrigant voisin deviendra, qu'il le veuille ou non, la figure paternelle que l'adolescent aurait tant voulu avoir.


Avis :

Orphelin de père, Ambrose vit avec sa mère, Irène.  Marquée par la mort de son mari, Irène a des idées bien arrêtées, elle entoure Ambrose d'un cocon protecteur et tremble à l'idée de ce qui pourrait lui arriver.  Irène a une vision pour le moins pessimiste de l'existence.  

Allergique aux arachides, Ambrose est le souffre-douleur des caïds du collège. Victime d'une de leurs mauvaises blagues, il doit être hospitalisé et sa mère découvre la situation.  Elle décide donc de le scolariser à domicile.  Si Ambrose apprécie le changement dans les premiers temps, il se rend rapidement compte de son isolement et se cherche des distractions.

Cosmo, le fils de leurs logeurs récemment sorti de prison, pourrait faire l'affaire.  Il n'est malheureusement pas du tout au goût d'Irène mais Ambrose choisit de passer outre les injonctions maternelles.  D'autant que Cosmo joue, comme lui, au Scrabble !

A travers Ambrose, Susin Nielsen nous fait découvrir le quotidien d'un ado en souffrance.  Bien sûr, Irène aime son fils mais de déménagement en déménagement, de friperie en friperie, elle en fait un enfant qui a du mal à se socialiser, une victime idéale en quelque sorte.  Petit à petit, Ambrose s'en rend compte et cherche à faire entendre raison à sa mère.  Se heurtant à un mur de pierre, il lui faudra être inventif et courageux pour arriver à ses fins. 

 Susin Nielsen nous propose ici un roman drôle et tendre, le sujet est certes sérieux mais l'auteur l'aborde de manière amusante et réaliste.  Le ton est léger, Ambrose est un brin gaffeur et le duo qu'il forme avec Cosmo est irrésistible.  

J'avais beaucoup apprécié Dear George Clooney, tu veux pas épouser ma mère ?; j'ai retrouvé ici la plume incisive de l'auteur et ses personnages d'adolescents "perdus" mais volontaires !  Un roman jeunesse lucide et attendrissant, une lecture à recommander. 

dimanche 6 avril 2014

Les lieux communs de Xavier Hanotte

Lecture commune avec Argali et Syl.

La présentation de l'éditeur :

Deux bus roulent vers un même lieu des environs d’Ypres, mais à des époques différentes. En 1915, le bus amène des combattants canadiens à Frezenberg, enjeu de féroces combats contre les Allemands. Aujourd’hui, ce lieu s’appelle Bellewaerde et des employés vont passer une journée au parc d’attraction. Deux univers apparemment étrangers. Des passerelles s’établissent cependant entre eux : le jeune Serge s’étonne de la présence d’un jardinier pas comme les autres. Un roman sur l’horreur de la Grande Guerre. Sur la nécessité de préserver la mémoire de cette époque. Sur la fidélité à la parole donnée qui défie le temps. Trois nouvelles proposent d’autres facettes de ces thématiques.

Avis :

Bellewaerde : la promesse d'une belle journée au parc d'attraction pour le jeune Serge, en excursion avec sa tante Bérénice.  Pour Pierre, soldat belgo-canadien, le lieu marque le retour au front, dans les tranchées, en 1915.

A priori, deux destinées que tout oppose mais qui se rejoignent, sous la plume de Xavier Hanotte, bien au-delà des époques et du décor.  Tout comme subsistent, inaltérables, l'amitié et la fidélité à la parole donnée, à l'image de ce Last Post.

Ce récit est suivi de nouvelles, traitant toutes trois de la guerre :

La finale du capitaine Thorpe : le curieux destin, à Montauban, de quatre ballons de football.

Près des fleuves de Babylone : lorsque la guerre en Irak rejoint, par-delà les années, le corps expéditionnaire de Mésopotamie.

Sur la place : une nouvelle savoureuse qui se déroule à Mons, quand les patois remettent en question les connaissances des soldats anglais.

A travers ces quatre textes chargés d'émotions, l'auteur, tout en finesse et en sensibilité, rend hommage aux anonymes, oubliés des combats.  Un très joli recueil !  Je vous invite maintenant à découvrir le billet d'Argali, le billet de Syl.

samedi 5 avril 2014

Flapjacks au chocolat blanc



Alléchée par la recette de Syl et d'Hilde, j'ai profité d'une réunion à adoucir pour me lancer dans les flapjacks.  Pour l'occasion, je me suis tournée vers "Un goûter à Londres" offert par Angelselphie et j'y ai trouvé une version au chocolat blanc: le résultat est délicieux mais à manger avec précaution car friable...

Ingrédients :



140 g de beurre doux - 2 cuillères à soupe de cassonade - 2 cuillères à soupe de golden syrup (ou de sirop d'érable) - 200 g de flocons d'avoine - 100 g d'abricots secs, grossièrement hachés - 50 g d'amandes , grossièrement hachées - 150 g de chocolat blanc, grossièrement haché


Préparation :

Préchauffer le four à 160 °.  Beurrer le moule (par ex, un carré de 23 cm de côté).

Dans une casserole, faire fondre le beurre avec le sucre et le sirop, jusqu'à ce que le sucre soit complètement dissous.  

Retirer du feu, ajouter les flocons d'avoine et les fruits secs.  Laisser reposer puis ajouter le chocolat.

Verser dans le moule et tasser avec le dos d'une cuillère.

Faire cuire 20 à 25 minutes jusqu'à ce que les flapjacks soient dorés.

Laisser refroidir puis découper en carrés.

La tête dans les étoiles : 
8/20



Recette  "Un goûter à Londres" pour le Challenge 


jeudi 3 avril 2014

Nils Hazard chasseur d'énigmes : L'Assassin est au collège de Marie-Aude Murail


La présentation de l'éditeur :



Au collège Saint-Prix, un professeur a retrouvé son casier forcé et ses copies corrigées avec du sang humain… Avertissement ou mauvaise plaisanterie ? L’inspecteur Berthier charge le chasseur d’énigmes Nils Hazard et sa petite amie Catherine Roque de mener une enquête discrète sur le terrain. Notre étruscologue distingué se fait passer pour le nouveau prof d’histoire-géo, pendant que Catherine se fait embaucher aux cuisines. Nils se retrouve avec 280 suspects sur les bras, dont un directeur à moitié fou, un concierge un peu simplet et tous les lascars de la troisième. Nils sent qu’il doit agir au plus vite. Car un « maniaque du crime » rôde la nuit dans les couloirs du collège, et ses menaces n’ont plus rien d’une plaisanterie.

Avis :

Des copies notées avec du sang, voilà qui semble inquiétant...  Désireux d'enquêter en toute discrétion, l'inspecteur Berthier dépêche sur place Nils Hazard pour remplacer un professeur d'histoire-géo. 

Au collège Saint-Prix, le tri entre les suspects n'est pas simple : des élèves chahuteurs aux professeurs toqués, il n'y a que l'embarras du choix !

Des méthodes pédagogiques hors du commun, un sens inné de la répartie, de la curiosité à revendre, voici Nils adopté par certains, détesté par d'autres. 

Catherine, sa secrétaire, est venue lui prêter main forte : embauchée pour l'occasion comme cuisinière, elle apporte un autre éclairage sur les événements récents survenus à Saint-Prix et tempère son intrépide patron.

Au collège Saint-Prix, l'ambiance est assurément inquiétante et les élèves en font voir de toutes les couleurs à leurs professeurs.  Ceci ne rebute pas Nils Hazard, qui fonce tête baissée dans la bagarre.  


Entre les plaisanteries d'adolescents et un cerveau véritablement malfaisant, il lui faut faire la part des choses.  Son humour et son caractère intrépide l'aident à se sentir immédiatement dans son élément; son coupe-papier y est peut-être également pour quelque chose.  

Le collège Saint-Prix ne semble pas très accueillant le soir : il faut bien du courage pour faire le mur ...  Nils a bien du mal à dépêtrer les pistes qui s'emmêlent et les rebondissements s'enchaînent.  Le maniaque du crime en profite !

Il s'agit, cette fois, de la première grande enquête de Nils Hazard, découvert avec Dinky rouge sang : la perspicacité, le charme et l'humour sont toujours de la partie.  Je continuerais volontiers l'aventure, reste à voir ce qu'en aura pensé Syl...





mardi 1 avril 2014

American Tragedy - L'histoire de Sacco & Vanzetti de Florent Calvez

La présentation de l’éditeur :

Suite à la montée du syndicalisme dans les années 1920, les États-Unis sont marqués par de violents soulèvements donnant lieu à une vague d'attentats anarchistes dans plusieurs villes, comme Boston. C'est dans ce climat d'instabilité que Sacco et Vanzetti, deux immigrés italiens, sont condamnés à la chaise électrique, malgré un manque de preuves formelles et une mobilisation internationale intense.



Avis 

Autour d’une partie de dames, un vieil homme affronte son petit-fils dans un parc de New York.  Aujourd'hui la partie a une saveur particulière : nous sommes le 27 août et le grand-père entend commémorer à sa façon l’anniversaire de la mort de Sacco et Vanzetti.  

Pour son petit-fils, stupéfait mais captivé, le vieil homme remonte le temps : il revient au début du XXe siècle, à une époque de misère et de grande injustice.  A un moment où les immigrants se pressaient à Ellis Island, porteurs de grands espoirs, des rêves vite déçus.  L'Amérique était aux mains des puissants, des noms aujourd'hui synonymes d'empires industriels et de fortunes colossales.

Le patron était alors omnipotent, la contestation n'était pas tolérée et les grèves étaient réprimées dans le sang.  C'est à cette époque que ce sont rencontrés Sacco et Vanzetti, deux anarchistes italiens, arrivés en rêvant d'un jour meilleur.  Emportés dans la tourmente d'une chasse aux rouges, ils furent désignés comme auteurs d'un braquage sanglant et finirent, en 1927, sur la chaise électrique.  

Dans cette bande dessinée, Florent Calvez n'entend pas discuter de la culpabilité de de Sacco et Vanzetti mais plutôt du jugement qui fut rendu, mettant en avant le droit à chacun à un procès équitable.  Droit qui fut refusé aux deux anarchistes, victimes d'une parodie de procès.  Dans la même logique, l'auteur aborde en fin d'ouvrage la peine de mort.

A l'image de l'ambiance de l'époque et du sujet, les dessins sont sombres, hachurés de noir.  Le trait est nerveux et vif.  Décors et dessins sont très réalistes mais collent admirablement au sujet et à la noirceur ambiante, mettant en relief la colère du grand-père qui n'a rien oublié.  Une page d'Histoire à découvrir !