"Si vous possédez une bibliothèque et un jardin, vous avez tout ce qu'il vous faut."
Cicéron

samedi 30 novembre 2013

Une part de ciel de Claudie Gallay

Lecture avec PriceMinister dans le cadre des Matchs de la rentrée littéraire PriceMinister-Rakuten : un grand merci pour ce livre !

Le résumé de l'éditeur :

Aux premiers jours de décembre, Carole regagne sa vallée natale, dans le massif de la Vanoise, où son père, Curtil, lui a donné rendez-vous. Elle retrouve son frère et sa soeur, restés depuis toujours dans le village de leur enfance. Garde forestier, Philippe rêve de baliser un sentier de randonnée suivant le chemin emprunté par Hannibal à travers les Alpes. Gaby, la plus jeune, vit dans un bungalow où elle attend son homme, en taule pour quelques mois, et élève une fille qui n’est pas la sienne. Dans le Val-des-Seuls, il y a aussi le vieux Sam, pourvoyeur de souvenirs, le beau Jean, la Baronne et ses chiens, le bar à Francky avec sa jolie serveuse…

Dans le gîte qu’elle loue, à côté de la scierie, Carole se consacre à une traduction sur la vie de Christo, l’artiste qui voile les choses pour mieux les révéler. Les jours passent, qui pourraient lui permettre de renouer avec Philippe et Gaby un lien qui n’a rien d’évident : Gaby et Philippe se comprennent, se ressemblent ; Carole est celle qui est partie, celle qui se pose trop de questions. Entre eux, comme une ombre, cet incendie qui a naguère détruit leur maison d’enfance et définitivement abîmé les poumons de Gaby. Décembre s’écoule, le froid s’installe, la neige arrive… Curtil sera-t-il là pour Noël ?






Avis :

Tombe la neige
Tu ne viendras pas ce soir
Tombe la neige
Et mon cœur s´habille de noir
  
Ces rimes me trottent dans la tête, au moment de rédiger ma critique : la neige !  Celle de ces boules de verre que Curtil a, de tout temps, expédiées à sa femme, lui annonçant ainsi la fin d'une de ses fugues et son retour.  Venait alors le temps de l'attente, de l'espoir et de ces gâteaux fabuleux auxquels les enfants ne pouvaient toucher...

Aujourd'hui adulte, Carole évoque cette époque, avec mélancolie, voire amertume.  C'est à elle, maintenant, que Curtil envoie ces fameuses boules à neige, l'invitant à rejoindre le village qui l'a vue naître où vivent toujours ses frère et sœur.  Le moment des retrouvailles familiales, en attendant Curtil, est donc venu : Carole regagne le Val pour quelques jours en décembre et y retrouve les siens, Philippe et Gaby.

En plus de sa famille, ce sont également les souvenirs et un lourd passé familial qui rattrapent Carole.  Au cœur de l'hiver, le Val semble immuable et le  temps paraît n'y avoir aucune emprise.  Pourtant la modernisation approche, sous la forme de cette nouvelle piste qui divise les villageois ou des améliorations que Francky souhaite apporter à son bar, le centre de vie informel du village.

Venue pour quelques jours, pensant rentrer chez elle avant les fêtes, Carole s'attarde pourtant, un peu étrangère au présent, à la recherche d'elle-même.  Elle attend son père, évoque le passé, hésite à le retrouver dans les bras de Jean, travaille à une traduction de la vie de Custo, prête main forte ici et là...

Dans ce village figé par l'hiver, Claudie Gallay nous invite à suivre quelques moments dans la vie de Carole.  En partance dès son arrivée... Peinant à établir le contact avec ses frère et soeur, à les toucher, ou l'inverse !   Au-delà des personnages centraux, Carole, Gaby et Philippe au cœur même du récit, l'auteur s'attarde également sur ceux qui les entourent, comme la Môme, cette enfant abandonnée qu'élève Gaby; le petit Marius, cadet de la famille à qui on ne parle plus; le vieux Sam, ses souvenirs et sa bonté; la Baronne et le curieux destin qu'elle s'est choisi; Diego et ses puzzles...  Décrivant leurs manies et leurs élans, Claudie Gallay nous offre ainsi des pépites humaines, rugueuses et attachantes, des personnalités qui donnent chaleur et vitalité au texte.

Outre ces personnages marquants, l'auteur dresse un magnifique décor, celui de la montagne en hiver : imprévisible, sauvage et cruel. Implacable avec les siens et si difficile à quitter.  Une nature qui confère une atmosphère sensible et intimiste à ce roman familial où le passé et les non-dits occupent une grande place.  Découvrant le Val à la suite des enfants de Curtil, j'ai pris grand plaisir à ce séjour hivernal, teinté de nostalgie et d'espoir.  Un voyage pareil à ce gâteau revenu de l'enfance, aux saveurs à moitié effacées, ravivé par les souvenirs et l'amour fraternels.

Ma note : 16/20

Un grand merci à  PriceMinister, en la personne d'Oliver, pour cette lecture dépaysante à découvrir ici !

D'autres avis à découvrir chez Syl et Jérôme.




Halloween, c'est fini...




Novembre se termine et avec lui le Challenge Halloween de Lou et Hilde : invitée par Syl, j'ai élu domicile pour quelques jours dans la maison hantée.  Pour mon plus grand plaisir !  


Malheureusement, de vilains microbes ont eu raison de moi et j'ai dû écourter ma visite.  Et même renoncer au défi de Syl...  

Le bilan est donc plutôt maigre : 

des albums jeunesse




des bandes dessinées :





une maison hantée :


C'est donc un peu déçue que je rédige ce billet mais bien décidée à me rattraper l'an prochain.  Et puis, je suis loin d'avoir tout perdu : j'ai retrouvé mes chaussettes !

Pour en avoir un aperçu, les billets récap' sont ici et .  Un tout grand merci à nous deux gentilles organisatrices !

Challenge Halloween de Lou et Hilde



Et en guise d'au-revoir, un extrait de mon grimoire que je m'étais promis de partager cette année...














vendredi 29 novembre 2013

Le temps qui va, le temps qui vient d'Hiromi Kawakami


La présentation de l'éditeur :

C'est non pas une coupe de saké mais un poisson à la main que l'on pénètre dans ce petit quartier commerçant de Tôkyô. Car c'est surtout dans la boutique du poissonnier amateur de Cocteau que se rencontre la chaleureuse communauté de gens qui l'habitent. Chacun à son tour prend la parole dans une manière de fugue à la composition surprenante, à la fois très structurée et d'apparence aussi aléatoire que le hasard qui enchevêtre ces vies les unes aux autres. De chapitre en chapitre, les fils de ces existences séparées peu à peu se rejoignent et dessinent un motif qui ne deviendra pleinement lisible qu'aux derniers accords de la fin.

Il est question de solitude et de rencontres, de passions secrètes, de joies modestes mais délectables, et l'écriture ne se fait jamais plus légère que lorsqu'il s'agit d'évoquer les choses graves.

Avis :
  
Un professeur d'anglais observant son poissonnier, une photographe de la pluie, un étudiant renfermé évoquant son père,  un cuisinier qui entretient des relations tumultueuses avec sa patronne...  Les héros (un terme qui me semble un peu incongru en regard de cette lecture)se suivent et ne se ressemblent pas. Hiromi Kawakami nous livre des tranches de vie au cœur d’un quartier commerçant de Tokyo.  Le point commun entre les personnages mis en scène : cette rue animée, faite de petits commerces et surtout cette poissonnerie dont le patron affiche sa passion pour Cocteau et Picasso.  

Les chapitres se succèdent, chacun dédié à un personnage différent, dont on découvre subtilement les liens avec les précédents.  Les protagonistes nous livrent en quelque sorte leur musique intérieure : leur histoire, leur quotidien, leurs préoccupations...  Le récit est intimiste, chacun y évoque ses relations à l’autre, en famille, en couple, au travail.


A chaque nouveau chapitre, le lecteur tente de deviner qui est le narrateur et de le cerner, voire de lui trouver un lien avec les pages qui précèdent.  Dans la logique de ces vies dévoilées, pas de chronologie rectiligne car nous retrouvons, de loin en loin, les personnages à des époques différentes, dans un ensemble dépaysant et plein de charme.


Challenge Ecrivains japonais : Lecture du mois de novembre, Hiromi Kawakami

jeudi 28 novembre 2013

Les Apparences de Gillian Flynn

La présentation de l'éditeur :

Amy et Nick forment en apparence un couple modèle. Victimes de la crise financière, ils ont quitté Manhattan pour s'installer dans le Missouri. Un jour, Amy disparaît et leur maison est saccagée. L'enquête policière prend vite une tournure inattendue : petits secrets entre époux et trahisons sans importance de la vie conjugale font de Nick le suspect idéal. Alors qu'il essaie lui aussi de retrouver Amy, il découvre qu'elle dissimulait beaucoup de choses, certaines sans gravité, d'autres plus inquiétantes.


Avis 

Gagné chez Cajou, voici un roman policier captivant, savamment construit : son décor ressemble tant au nôtre et son réalisme fait froid dans le dos...

Amy et Nick s'apprêtent à fêter leur cinquième anniversaire de mariage : comme à son habitude, Amy a préparé un jeu de piste à l'intention de son époux.  Pourtant, Nick est appelé par un voisin : la maison est ouverte et Amy semble avoir disparu.  Agression ou mise en scène ?

Dès le départ, les récits d’Amy et de Nick se suivent, détaillant leur quotidien et la genèse de leur love story.  Peu à peu, des discordances apparaissent et le malaise s’installe : le récit de leur histoire que livre chacun des membres du couple semble bancal… 


Entre ces deux interprétations de la réalité, le cœur du lecteur balance !  D’autant que Gillian Flynn s’ingénie à enchaîner fausses pistes et retournements de situation.  L’histoire est articulée en trois volets : avec finesse et psychologie, l’auteur y détaille la vie de ce couple pour le moins « particulier ».  

Plus les pages défilent, plus la folie s’installe, effrayante de manipulation et de banalité...   Un excellent thriller que je vous invite, sans en dire davantage, à découvrir à votre tour !  

lundi 25 novembre 2013

Poule rousse de Lida et Étienne Morel


La présentation de l'éditeur :

Conte d'origine irlandaise qui relate l'histoire de deux amies : la Poule Rousse et Tourterelle. Renard affamé veut dévorer la grassouillette Poule Rousse mais Tourterelle plus rusée que l'ennemi arrive à le détourner de ce projet.

Avis 

Les albums du Père Castor proposent aujourd'hui des titres anciens, à destination des générations actuelles.  C'est ainsi que le classique Poule rousse vient de sortir, fidèle au texte et aux illustrations d'origine.

Cet album met en scène l'amitié entre Poulerousse et la tourterelle : des visites quotidiennes et d'agréables papotages les occupent agréablement. Attiré par les rondeurs de la poule, Renard découvrira à ses dépens que les deux amies sont également liées face au danger...
 
Dans cette version vintage, le texte et les illustrations classiques se mêlent de très façon bien agréable : l'ensemble est gai, animé et le lecteur attiré par les aventures de Poulerousse, aux prises avec les manigances du renard. Cette réalisation soignée est une belle réussite : couleur du papier, mise en page, tonalités, ...  Le tout donne à cet ouvrage un charme désuet du plus bel effet.

Quant au récit, cet ouvrage permet de redécouvrir une jolie histoire d'amitié et d'astuce : un conte qui fait la part belle à la vivacité, où pour s'en sortir, il n'est pas besoin d'être le plus fort...  

Un grand merci aux éditions Flammarion pour cette lecture en partenariat.

jeudi 21 novembre 2013

Que vont devenir les grenouilles ? de Lorrie Moore


Lecture en partenariat avec Livraddict et les éditions Points  : un grand merci à tous deux pour cette lecture !

La présentation de l'éditeur : 


Cet été-là, je travaillais avec Sils au Pays des légendes. Elle était Cendrillon, et moi, caissière à l’entrée. Avec elle, les journées finissaient par passer. On n’espérait pas grand-chose de la vie, seulement être ensemble. C’était l’été de nos quinze ans et rien ne comptait plus que l’amitié. Puis Sils a eu de sérieux ennuis. Pour l’aider, j’étais prête à tout, même à enfreindre la loi.


Avis : 


Coincée dans un mariage un peu bancal, Berie tue le temps à Paris, attendant un mari en congrès,  sans vraiment profiter de ce qui pourrait être un séjour idyllique.  Elle se remémore l'été de ses quinze ans et son amitié avec Sils : leur vie tourne alors autour du Pays des légendes où elles sont toutes deux employées, Sils en Cendrillon, Berie à la caisse...  Cette année-là, Sils tombe enceinte et Berie fera tout pour l'aider à avorter.

Attirée par la couverture colorée et le résumé mis en avant, je pensais y découvrir une histoire d'amitié plutôt enjouée mais ce roman m'a paru assez plat et je me suis perdue de loin en loin, ne parvenant pas à suivre les pérégrinations de l'auteur.

Ce récit entremêle les déambulations de Berie dans Paris, ses journées sans son mari et la rétrospective de sa jeunesse; l'ensemble est désabusé et un peu morne.  Nous y suivons, principalement, les aventures de Berie et de Sils, dans les années 70 : leur famille respective, leurs épopées un peu folles, voire dangereuses, leur légèreté. 

Pourtant, malgré le petit grain de folie qui les habite, ou devrais-je dire l'insouciance de leurs quinze ans, l'univers mis en scène par Lorrie Moore reste sombre et désenchanté.    A titre d'exemple, les familles des deux héroïnes m'ont donné un sentiment étrange de désintérêt et de peu d'implication pour l'existence de leurs enfants.  Peut-être est-ce dû à l'état d'esprit de Berie, perdue dans un mauvais mariage.  Même le Pays des légendes m'a paru fané et de peu d'attrait !

Certaines touches d'humour viennent de temps en temps égayer le récit et l'amitié entre Sils et Berie subsiste, un peu effilochée, malgré la distance et le temps passé.  Voici qui vient éclairer un peu l'histoire mais l'impression globale de tristesse persiste néanmoins.


Logo Livraddict  

mercredi 20 novembre 2013

La légende du serpent blanc d'Alexandre Zouaghi et Yi Wang



Lecture en partenariat dans le cadre de l'opération Masse Critique : un grand merci à Babelio et aux Editions HongFei Cultures.


La présentation de l'éditeur :

Deux serpents, Baï "Blanche" et sa soeur Qing "Indigo", vivaient dans une montagne reculée de Chine. Ayant acquis le pouvoir de se transformer en femmes, elles se rendirent au lac de l’Ouest réputé pour sa beauté. Baï y trouva l’amour et se maria avec Xuxian, apothicaire modeste ignorant tout de la vraie nature de son épouse. Offensé par cette union "contre-nature", un bonze moraliste révéla à Xuxian la véritable figure de Baï. Mort d’effroi, Xuxian est ramené à la vie grâce à une herbe magique que la courageuse Baï, enceinte, a rapporté au péril de sa vie. S’ensuivra un combat sans merci entre le bonze et les deux femmes serpents. Symboles d’intégrité, de liberté et de dévouement, elles l’emporteront finalement, ouvrant aux heureux époux et à leur enfant une vie d’amour.

Avis :


Découvertes au Salon du livre jeunesse, les Editions HongFei Cultures cherchent à encourager le brassage culturel entre l'Europe et l'Extrême Orient à travers la littérature jeunesse.  Leur catalogue m'avait bien tentée; parmi ces petits bijoux, j'ai notamment craqué pour Le calligraphe. Grâce à cette Masse Critique, j'ai pu découvrir La légende du serpent blanc, une autre de leurs publications.

Dans les montagnes de Chine vivent deux sœurs-serpents : Baï et Quing. Dotées de fantastiques pouvoirs, elles peuvent se transformer au gré de leurs envies.  Au fil du temps et de leurs rencontres, elles rêvent de découvrir d'autres paysages et à force de patience, parviennent à rejoindre le pays du lac de l'Ouest sous la forme de deux jeunes femmes.

Charmées par le paysage, Baï et Qing profitent de leur promenade et Baï tombe sous le charme d'un jeune promeneur.  L'attirance est réciproque et les jeunes gens convolent bientôt.  Un avenir sans nuage semble s'annoncer mais le bonze Fahaï, supérieur d'un monastère tout proche, est bien décidé à mettre fin à cette idylle.


La collaboration entre Alexandre Zouaghi, pour le texte, et Yi Wang, pour les illustrations, nous offre un superbe album présentant une légende chinoise : il invite à la tolérance et prône la liberté d'aimer. 

L'ouvrage est de grand format, la couverture est mate et les tons employés sont paisibles.  Les dessins sont délicats, au diapason des couleurs choisies et parfois rehaussés de collages.  L'ensemble est délicat, subtil et les détails méritent toute l'attention du lecteur.  L'album est découpé en actes et chacun se termine par une double page à déplier, un joli tableau.  Un grand merci à Babelio et aux Editions HongFei Cultures pour cette belle découverte.

Que vous aimiez Sylvain Tesson ou Twilight,Daphné du Maurier ou Claude Sarraute,   Babelio  vous invite toute l’année à découvrir des nouveaux livres et à partager vos critiques de livres.


mardi 19 novembre 2013

Monstrueux de Natsuo Kirino


La présentation de l'éditeur :

Ma sœur Yuriko était un monstre. Une beauté époustouflante, anormale. Elle nous méprisait, ma mère et moi. Seuls les hommes l'intéressaient. Quand elle avait quinze ans, le lycée de Tokyo tout entier lui est passé dessus. Elle pensait réussir grâce à son corps. Son cadavre a été retrouvé dans un meublé crasseux. Aujourd'hui, on me demande de témoigner...


Avis 

Le procès du meurtrier de deux prostituées à Tokyo est sur le point de s'ouvrir : Yuriko et Kazue ont toutes deux été tuées dans des circonstances similaires et leur assassin semble le même.  Appelée à témoigner, la sœur de Yuriko revient longuement sur sa vie et les circonstances qui ont conduit au drame.  Au fil du récit, elle cède la place aux journaux de Yuriko et Kazue, nous permettant une vision très complète des événements.

Nées de l'union d'un père suisse et d'une mère japonaise; Yuriko et sa sœur ont peu de points communs : la beauté exceptionnelle de Yuriko semble l'avoir mise à l'écart au sein de sa famille-même.  Pour son aînée, c'est un monstre, invisible à première vue mais pour qui dépasse les apparences, ce fait est une évidence.

Désireuse de se démarquer de sa famille et de sa cadette, la sœur de Yuriko a intégré le prestigieux lycée K tandis que les siens quittaient le Japon pour la Suisse.  Au décès de sa mère, par suicide, Yuriko décide de rentrer au pays et est scolarisée dans le même établissement, elle y trouvera le moyen de focaliser l'attention et ainsi y fera ses premiers pas dans la prostitution.  Jusqu'à sa mort...


Dans ce roman dense et captivant, Natsuo Kirino nous offre ici une vision sans concession de la société japonaise : travailleurs immigrés, place de la femme, système scolaire, ...  De la même manière, elle applique le même traitement à ses protagonistes et à leur famille : au plus profond de l'âme, les monstres sont légion.  Un récit dur et fort, qui mérite plutôt la mention de "roman psychologique" que de "thriller".  Surtout au vu de la fin qui démérite un peu en regard des pages précédentes.



Challenge Ecrivains japonais : Lecture du mois d'octobre, Natsuo Kirino

lundi 18 novembre 2013

En même temps, toute la terre et tout le ciel de Ruth Ozeki





La présentation de l'éditeur :

Le sac en plastique avait échoué sur le sable de la baie Desolation, un de ces débris emportés par le tsunami. À l'intérieur, une vieille montre, des lettres jaunies et le journal d'une lycéenne, Nao. Une trouvaille pleine de secrets que Ruth tente de pénétrer avant de réaliser que les mots de la jeune fille lui sont destinés...

Depuis un bar à hôtesses de Tokyo, Nao raconte des histoires : la sienne, ado déracinée, martyrisée par ses camarades ; celle de sa fascinante aïeule, nonne zen de cent quatre ans ; de son grand-oncle kamikaze, passionné de poésie ; de son père qui cherche sur le Net la recette du suicide parfait. Des instants de vie qu'elle veut confier avant de disparaître.

Alors qu'elle redoute de lire la fin du journal, Ruth s'interroge : et si elle, romancière en mal d'inspiration, avait le pouvoir de réécrire le destin de Nao ? Serait-il possible alors d'unir le passé et le présent ? La terre et le ciel ?

Dans la lignée de Murakami, un bijou littéraire original, inspiré des « I-Novels» japonais, porté par une construction virtuose. Entre imaginaire et réalité, une oeuvre à la fois profonde et pleine d'humour, intime et universelle, assortie d'une formidable réflexion sur le temps et l'Histoire.


Avis :

Un sac en plastique rejeté sur une plage : a priori un de ces déchets qui encombrent nos océans.  Pourtant, en décidant d'y jeter un œil, Ruth ouvre la porte d'un univers insoupçonné : celui de Nao, une jeune lycéenne japonaise qui confie à l'océan son désenchantement. 

C'est par ce tour de passe-passe, matérialisé par quelques objets hétéroclites comme un bento Hello Kitty, une montre ancienne ou une édition d'A la recherche du temps perdu, que Ruth Ozeki nous entraîne alternativement de l'existence de Ruth, sur son île de Colombie britannique, au quotidien de Nao, une adolescente lucide et désespérée.  Des récits entrecroisés passionnants !

Se jouant du temps, de l'espace ou encore des langues, l'auteur jongle avec ces vies que tout oppose à première vue : décor, réalité, époque, ...  Après une enfance passée aux Etats Unis, Nao se sent déracinée au cœur de Tokyo.  Elle est harcelée par ses camarades et perd pied peu à peu.  Ses parents ne lui apportent qu'un maigre soutien : son père étant aussi perdu qu'elle et sa mère aveuglée par trop de réalisme.  Le réconfort lui viendra de ses ancêtres, ceux dont elle n'espérait plus rien.  Dont elle ignorait jusqu'à l'existence.   A l'opposé, menant une vie plutôt bohème, Ruth cherche l'inspiration sur son île; le temps y semble une réalité dépassée et les soucis sont tout autres.

Dans cette fresque chorale, deux personnages se démarquent prennent tour à tour la   parole : Nao est une jeune fille déboussolée.  Son enfance en Californie l'a éloignée de son pays natal; elle parvient difficilement à y trouver ses marques.  Elle cache à ses parents les problèmes qu'elle rencontre au collègue et confie à son journal son mal-être et ses pensées.  En mal de repères, elle trouve auprès son arrière-grand-mère Jiko qu'elle connaît à peine une grande écoute et un soutien inattendu.  Les jours qu'elle passe en sa compagnie au temple ont la saveur de la plénitude et de la légèreté : ils lui permettent de mettre des mots sur sa colère, de se fixer sur ses valeurs.  C'est également lors de ce séjour qu'elle découvre également Haruki 1, son grand-oncle kamikaze.  Une figure qui lui servira de modèle, tout comme Jiko, qu'elle contacte via sms en cas de doute.  A son corps défendant,  Nao est un personnage fort et plein de ressources. 

Désœuvrée sur son île, Ruth trouve dans ce journal à la mer et dans la quête qu'elle entreprend, une nouvelle raison de vivre et d'agir.  Elle a choisi de fuir le monde en compagnie de son mari Oliver, passionné d'écologie et de sa mère malade d'Alzheimer.  Aujourd'hui, sa mère est décédée et elle tourne en rond,  coincée sur son prochain roman...  Ce sac rejeté par les flots lui offre un dérivatif bienvenu, elle veille jalousement sur son contenu et est contrariée de le voir au centre de l'attention des habitants de l'île.  Indécise et nostalgique, elle y trouve une raison de s'interroger, autre que le retour de l'électricité ou les aventures du chat familial.  Elle aimerait faire de Nao le personnage d'un de ses romans, détenant alors la toute-puissance sur sa destinée.

Au-delà de ces personnages attachants et improbables pour certains, Ruth Ozeki confronte également deux visions du monde.  D'un côté, ce Japon multi-facettes où modernité et traditions cohabitent mais où réalité et légendes s'affrontent également cruellement.  A l'autre bout de l'océan, sur l'île de Ruth, la vie semble rythmée par ces déchets trouvés sur la plage;  l'horizon est réduit dans cette communauté où tout se sait, où chacun se sent impliqué au cœur de la vie des autres.

Quant au style, il varie au gré des personnages qui prennent la parole, s'adapte tout au long du roman, lui conférant fraîcheur et vivacité. L'ensemble est un savant mélange de styles et d'époques : par-delà les récits de Nao et Ruth, interviennent d'autres destinées, d'autres lieux qui tour à tour s'imbriquent avec succès dans cet édifice délicat.  A l'image du Free Store, le magasin favori de Masako, la mère de Ruth ou de cette bibliothèque un peu magique, cachée au cœur de la déchetterie, montée d'ouvrages uniquement de récupération : une pépite qui semble se laisser désirer et promet de petits instants de bonheur. 


Mêlant les genres et ne reculant pas devant les sujets sensibles, Ruth Ozeki avance patiemment et élabore un ouvrage minutieux  A deux niveaux, voire  plus, l'intrigue est habilement construite, par petites touches, au fil du journal de Nao : la pression de ses pairs, le désespoir de son père, le tsunami, élément factuel survenu entre la rédaction du journal de Nao et la découvert de Ruth, ...  autant de facteurs qui ont pu mettre la jeune fille en danger et faire de son sauvetage par Ruth une chimère.  Fantastique, Histoire, spiritualité, actualité douloureuse, témoignage, magie,...  l'histoire croisée de Nao et de Ruth, telle un patchwork confortable et harmonieux, se tisse peu à peu et aboutit à un récit passionnant, émouvant qui laisse le lecteur charmé et étourdi une fois la dernière page tournée.




 

Lu dans le cadre des Chroniques de la rentrée littéraire : un grand merci à Abeline et aux éditions Belfond !



jeudi 7 novembre 2013

Lectures, Halloween et aspirine, ...

Quand les vacances se transforment en long congé de maladie, on ne peut que se féliciter d'avoir fait le plein en bibliothèque ou d'avoir des enfants généreux ...  

En voici un aperçu, histoire de gagner du temps pour mes billets en retard !