"Si vous possédez une bibliothèque et un jardin, vous avez tout ce qu'il vous faut."
Cicéron

vendredi 27 septembre 2013

Une Etude en rouge d'Arthur Conan Doyle

La présentation de l'éditeur :

Un homme est trouvé mort dans une maison inhabitée, au cœur d'un des plus sinistres quartiers de Londres. Autour de lui, des traces de sang, bien que le cadavre n'ait aucune blessure. De quoi laisser perplexes Lestrade et Gregson, les limiers de Scotland Yard. 

Parue en 1887, cette Étude en rouge est la première des enquêtes de Sherlock Holmes. Nous y faisons la connaissance de l'extraordinaire détective à travers les yeux du bon Dr Watson. Nous y apprenons le « raisonnement analytique » et l'art de faire parler les indices. 

Ce classique du roman policier est aussi un roman d'aventures qui nous conduit dans le Nevada des mormons et de la ruée vers l'or, où s'enracine le mystère...

Avis

Avec son Oh Sherlock you are merveilleux, Syl propose une (re)lecture des enquêtes de Sherlock Holmes, au rythme d'un roman par mois : septembre marque le début des réjouissances avec "Une étude en rouge".

Le roman s'ouvre sur la fin des études du docteur Watson et sa désignation comme chirurgien de l'armée aux Indes.  Une vilaine blessure mettra rapidement fin à sa carrière et l'obligera, après une longue convalescence, à rentrer au pays.  Sans famille, ni amis, c'est à Londres que le docteur Watson choisit de s'établir, à l'hôtel dans un premier temps.  Ses finances le conduisent assez vite à envisager une autre solution et à se mettre en quête d'un appartement.  C'est au cours de ces recherches qu'une connaissance commune lui présente un jeune homme cherchant un colocataire.  Une aubaine pour le docteur Watson trop heureux de renoncer à la fois à un loyer trop onéreux et à la   solitude !

Voilà donc la rencontre de Sherlock Holmes et du docteur Watson !  D'emblée, le docteur s'interroge sur son étrange colocataire, ses habitudes, ses manies.  Il se demande notamment quel métier il peut bien exercer, qui requière de si étranges talents...  La découverte d'un cadavre au n°3 de Lauriston Gardens lui apportera bien des réponses.

Dans ce premier roman, Conan Doyle met en place en quelque sorte ses personnages  : il nous dévoile Sherlock Holmes et sa singularité à travers le regard curieux et étonné du docteur Watson.  Face à ces excentricités, le docteur n'hésite pas à l'observer en douce, menant sa petite enquête; un parallèle plutôt comique.

Dès le départ, Conan Doyle met en scène un héros très typé: original, bizarre, exubérant ...  Sherlock Holmes occupe l'espace, volontiers cabotin. Face à lui, le docteur Watson est plus tempéré et se pose beaucoup de questions.  Il s'apprête à endosser un rôle de "suiveur".  Un équilibre intéressant semble s'installer.  

L'auteur met très vite en avant les déductions de Sherlock Holmes qu'il étaye ensuite par la deuxième partie, au pays des Mormons : ce récit vient "couper" l'histoire initiale et change totalement de style et d'univers. Pour le lecteur, un peu perplexe comme moi, l'explication viendra par la suite : un instant de doute vite passé, j'ai apprécié cette pirouette, impatiente d'en découvrir le fin mot.

Au final donc, un épisode intéressant qui installe personnages et ambiance, laissant présager de passionnantes aventures !  Syl avait raison : Oh Sherlock you are merveilleux !








lundi 23 septembre 2013

Je m'appelle Budo de Matthew Dicks


Quatrième de couverture

Aussi longtemps que Max croit en moi, j'existe. Les gens disent que c'est ça qui fait de moi un ami imaginaire. Ce n'est pas vrai : j'ai mes idées et ma vie en dehors de lui. Mais j'étais là le jour où il a disparu. Je sais qu'il est en danger. Et je suis le seul à pouvoir l'aider.



Avis

C'est un héros pour le moins original que nous invite à découvrir Matthew Dicks dans Je m'appelle Budo:  Budo est un ami imaginaire, créé de toutes pièces par Max, un jeune autiste. Budo est une version très élaborée des amis imaginaires : il est aussi "complet" qu'un être humain, il est doué de parole, il est capable de réfléchir, il peut même traverser les portes.  Au cours de son existence, il a pu se rendre compte de sa chance, à travers ses rencontres avec ses semblables : certains sont parfois réduits à leur plus simple expression, d'autres n'existent que quelques instants ou sont limités dans leurs capacités, tant physiques qu'intellectuelles. 

Budo, lui, existe depuis cinq ans, il aide Max dans les moments difficiles de son existence, l'aidant par exemple à se décider entre deux parfums de glace à l'eau ou vérifiant que personne ne se trouve dans les toilettes de l'école lorsque Max désire s'y rendre...  Incapable de dormir, Budo passe la nuit à se promener et à faire de nouvelles rencontres.  La journée, il accompagne Max à l'école et c'est ainsi qu'il assiste à son enlèvement : séparé de son ami, Budo va tout mettre en oeuvre pour le retrouver, bien décidé à l'aider à s'échapper.

Matthew Dicks nous propose ici un roman jeunesse passionnant : Budo est un héros atypique, attachant.  Les préoccupations des amis imaginaires sont éloignées des nôtres, leur vie est en général furtive et faite de sacrifices.  Suivre l'aventure du point de vue de Budo est une perspective très  riche, il nous permet d'envisager des angles variés dans cette sombre histoire de disparition : Max, ses parents, ses professeurs, le ravisseur sont tous concernés mais chacun à sa manière.  Envisager ces différents aspects permet davantage d'empathie et de réalisme pour le lecteur.

Sur fond d'amitié, ce récit est un roman d'aventures captivant par son contexte très particulier.  Pourtant, il ne s'agit pas seulement d'un roman policier pour la jeunesse : le lecteur y suit pas à pas le quotidien de Max et ses découvertes, ses progrès, ses dépassements même.  L'auteur y traite avec finesse et drôlerie le sujet difficile de l'autisme, il nous offre ici un roman d'apprentissage plutôt inhabituel. Je préfère ne rien dire de la manière dont Max vivra  son enlèvement, ni des répercussions qu'aura ce rapt dans son quotidien.  Par contre, je recommande fortement cet ouvrage tendre et avisé  qui, s'il est a priori destiné à un lectorat jeune, devrait plaire également à un public plus âgé.


Un grand merci aux éditions Flammarion pour cette lecture en partenariat.

dimanche 22 septembre 2013

Les Impliqués de Zygmunt Miloszewski

La présentation de l'éditeur :

Un dimanche matin, au milieu d’une session de thérapie collective organisée dans un ancien monastère de Varsovie, l’un des participants est retrouvé mort, une broche à rôtir plantée dans l’œil. L’affaire est prise en main par le procureur Teodore Szacki. Las de la routine bureaucratique et de son mariage sans relief, Szacki ne sait même plus si son quotidien l’épuise ou l’ennuie.  Il veut du changement, et cette affaire dépassera ses espérances. 

Cette méthode de la constellation familiale, par exemple, une psychothérapie peu conventionnelle basée sur les mises en scène… Son pouvoir semble effrayant. L’un des participants à cette session se serait-il laissé absorber par son rôle au point de commettre un meurtre ? Ou faut-il chercher plus loin, avant même la chute du communisme ? 

Zygmunt Miloszewski signe un polar impressionnant, où s’affrontent la Varsovie d'aujourdhui et les crimes du passé.

Avis

"Les Impliqués" nous emmène en Pologne, au mois de juin 2005. L'histoire débute un dimanche, jour a priori plus calme pour le procureur Teodore Szacki   : il s'emploie alors à faire oublier ses absences de la semaine et à décrocher la médaille du meilleur père et du meilleur mari.  Ce dimanche-là, le téléphone l'arrache pourtant à sa vaisselle pour le charger d'une étrange affaire de meurtre.  Les participants d'une thérapie collective, dirigée par le docteur Cezary Rudzki, ont retrouvé le corps sans vie de l'un des leurs, tué d'une broche à rôtir dans l’œil. 

Dès le départ, les soupçons du procureur s'orientent vers les patients du docteur Rudzki, voire vers le thérapeute lui-même : la méthode employée en thérapie semble pour le moins peu orthodoxe.  Mettant au centre le passé des intervenants, elle fait remonter le passé et risque, pense le procureur, de réveiller des souvenirs dangereux.

L'auteur nous invite donc à suivre l'enquête du procureur Szacki : désenchanté tant par sa vie privée que professionnelle, le héros qu'il met en scène est fatigué.  Il s'ennuie dans son existence trop routinière et semble en quête de sens, à tous les niveaux.  Ses recherches l'entraînent à remonter le temps, à une époque fortement marquée par le communisme, la suspicion et les intimidations.   Un passé qui semble d'ailleurs toujours dangereusement d'actualité et dont il ne fait pas bon réveiller les démons...

Dans cette enquête laborieuse et atypique, Zygmunt Miloszewski malmène son héros et égratigne au passage son pays : il décrit avec cynisme son fonctionnement, son patrimoine, ...   Aujourd'hui encore, les stigmates du passé déteignent sur Varsovie et en marquent le quotidien.  

Petite particularité, chaque chapitre débute par une rétrospective, essentiellement polonaise, des événements du jour : un petit rappel qui permet de se situer dans le temps et de visualiser le décor. Sous la plume de Zygmunt Miloszewski, l'ambiance y est particulière : un peu glauque, des couleurs fanées, poussiéreuses.  Un environnement qui colle à merveille à l'intrigue, tout comme le caractère de ses personnages.  Appréciant les romans policiers, j'ai beaucoup aimé cette découverte : un héros désabusé, bien loin d'être parfait, une enquête difficile, une représentation sans concession de Varsovie, ...  Affaire à suivre !  

Un grand merci à Hérisson et aux éditions Mirobole pour cette lecture en partenariat.

samedi 21 septembre 2013

Isabel Dalhousie : L'air d'été est rempli de promesses d'Alexander McCall Smith







La présentation de l'éditeur : 

Lorsqu’un tableau de Nicolas Poussin est volé à un riche propriétaire foncier, celui-ci demande à Isabel Dalhousie, philosophe et directrice de la Revue d’éthique appliquée à Édimbourg de l’aider. Elle y consent, malgré les protestations de son mari Jamie. Tout en enquêtant sur le vol de l’œuvre d’art, elle est obligée de faire face aux problèmes de tous les jours. Elle se demande si elle devrait encourager son fils Charlie, chez qui se manifestent les premiers signes d’un génie mathématique. En même temps, Isabel hésite à aider son ami Eddie, confronté à des problèmes d’amour et de santé. Cet été encore, malgré ses doutes et les changements qui se produisent, Isabel parvient à tenir ses promesses.

Avis


Propriétaire d'une revue de philosophie, Isabel Dalhousie vit à Edimbourg avec Jamie, son mari et Charlie, son petit garçon de bientôt quatre ans.  Disposant de son temps à sa guise, elle  partage ses journées entre sa famille, son travail et ses proches.  

A l'occasion, elle dépanne volontiers Cat, sa nièce, la remplaçant derrière le comptoir de son épicerie.  Connue pour sa disponibilité et son bon sens, Isabel est fréquemment sollicitée pour un conseil ou un coup de main.  Cette fois, c'est le vol d'un tableau de maître qui monopolise son attention et la conduit à porter secours à un riche propriétaire écossais. 

Outre l'enquête qui occupe Isabel, l'auteur aborde également les relations familiales, l'éducation des enfants, l'orientation sexuelle ...  Car ici, l'enquête ne monopolise pas toute l'attention de l'héroïne; les inévitables tracas du quotidien sont également présents : de façon très réaliste, Isabel doit concilier vie privée, vie professionnelle et "investigation".  Impossible de mettre sa vie entre parenthèses :  mari et enfant se rappelant à son bon souvenir. 

C'est sans doute cette proximité qui rend cette héroïne si sympathique : Isabel est une jeune femme ouverte, rassurante; elle excelle à rassurer, à trouver les mots qu'il faut.  Emplie d'humanité, elle forme avec Jamie un couple charmant; au cœur d'Edimbourg, ils mènent un mode de vie bien plaisant.  Leur rythme de vie et leur environnement créent autour de ce roman une atmosphère bien particulière, lui conférant un charme un peu désuet.

Autre particularité de cette série, la philosophie y est très présente, tout comme le dialogue : confrontée à des choix quant à la conduite à adopter face à un auteur, par exemple, Isabel pèse soigneusement le pour et le contre, s'interroge sur les conséquences de ces actes, ...  Au fil de la journée (et de l'enquête), de nombreuses interrogations surgissent, nées de la plus petite contrariété, de la moindre action à envisager.  Il en va ainsi d'une lettre à rédiger, de sandwiches au concombre oubliés, ...  Fréquemment, notre héroïne est en proie au doute, se plonge dans des réflexions philosophiques, tentant de déchiffrer la nature humaine. 


Ce sont sans doute ces caractéristiques qui rendent cette héroïne sympathique, proche de son lecteur.   Y ajoutant la subtilité et un cadre écossais très attirant, Alexander McCall Smith nous propose un roman où les relations humaines et le dialogue prennent le pas sur l'intrigue, tout en gardant intact le plaisir du lecteur.  Un grand merci aux éditions des Deux Terres pour cette excellente découverte,  en partenariat !

vendredi 20 septembre 2013

Quand nous étions révolutionnaires de Roberto Ampuero


La présentation de l'éditeur 

Le récit s’ouvre sur le coup d’État d’Augusto Pinochet au Chili. Opposant à la dictature, le narrateur assiste à l’arrestation, la torture, et la mort de ses compagnons de lutte. En 1974, il s’exile en Allemagne de l’Est et rejoint rapidement un réseau de jeunes communistes. C’est là qu’il rencontre la fille du fameux révolutionnaire cubain Ulysse Cienfuegos (directement inspiré de Fernando Flores Ibarra, cacique de la révolution castriste, responsable de la mort de centaines de Cubains « contre-révolutionnaires »).

 Éperdument amoureux d’elle, il accepte de la suivre à Cuba pour y fonder une famille et enfin vivre l’idéal communiste. Exalté par l’idée de la révolution, dirigé d’une main de maître par son terrible beau-père, le jeune homme embrasse immédiatement la devise de Castro : la patrie ou la mort. Alors que son mariage bat de l’aile, il découvre petit à petit la face cachée du régime. Les membres de la famille Cienfuegos vivent dans l’opulence, le reste de la population est soumise au rationnement. Chaque frein administratif ou bureaucratique est réglé en un clin d’œil à la seule mention du nom de son beau-père. Son amitié pour Herberto Padilla l’éclaire sur les persécutions dont les intellectuels font l’objet. Mis au ban de la société castriste par son divorce, il découvre le quotidien des habitants de La Havane, les privations, le secret, le néant des jours. Se méfier de tous, lutter pour trouver un toit, un morceau de pain, surveiller ses actes, ses paroles, jusqu’à ses pensées, à chaque instant. Une seule obsession le guide, comme Reinaldo Arenas ou Zoé Valdès avant lui, quitter l’île, chercher la liberté, encore. 

Avec esprit, entre mélancolie et humour, Roberto Ampuero raconte la quête d’un idéal. Très chaleureusement salué par la critique hispanophone, Nuestros años verde olivo est resté 24 mois sur la liste des best-sellers et a été salué par Mario Vargas Llosa, prix Nobel de littérature.


Avis

Paru sous le titre original "Nuestros años verde olivo" en référence à l'uniforme des révolutionnaires cubains, "Quand nous étions révolutionnaires" nous dresse la chronique des désillusions d'un jeune communiste chilien : réfugié en Allemagne de l'Est, il y poursuit des études, sans cesser de s'intéresser à la politique et au sort de sa patrie.  Il y rencontre Margarita, la fille d'un des proches du régime castriste et choisit de s'établir à ses côtés, à La Havane.  Autant par amour que par envie de découvrir le mythique modèle révolutionnaire que représente Cuba : "Cuba était alors mon utopie.  Le Chili mon cauchemar."  A son arrivée sur l'île, le jeune homme s'enthousiasme pour ce pays qui offre "un monde juste, égalitaire et solidaire".  Il admire ce peuple qui s'enflamme pour son leader maximo et proclame : "Commandant en chef, ordonne ce que tu veux, où tu veux et quand tu veux !"

Partageant son temps entre travail obligatoire et études, entrevoyant un Cuba auquel il ne s'attendait pas, le Chilien s'éloigne, peu à peu, de son épouse et de son idéal révolutionnaire.  Lorsque le divorce est prononcé, il quitte la sécurité de la demeure familiale et découvre, contraint et forcé, le triste quotidien des Cubains dans un paradis de carton-pâte.

C'est donc l'envers de ce décor de rêve que l'auteur-narrateur nous livre, désabusé.  Pendant que les hauts dignitaires du régime vivent bien, confortablement installés dans les palaces "cédés" par leurs propriétaires en échange d'un droit de sortie du territoire, la population est rationnée, les bâtiments sont en ruine, le travail rare.  Les tracasseries administratives sont monnaie courante.  La censure est également présente : livres confisqués et détruits, écrivains emprisonnés, assignés à résidence, textes publiés en Occident interdits, ...

A tout moment, la manipulation, la violence, l'injustice guettent : ainsi, il n'est pas bon être homosexuel, croyant, original...   Le temps passant, le narrateur devient finalement, comme tout qui s'interroge dans ce pays, un peu "schizophrène, adoptant deux visages : l'un public et révolutionnaire, l'autre privé et critique à l'égard du système."

A travers le compte-rendu de ce désenchantement, l'auteur nous dévoile, par les rencontres de son héros, une société où chaque parole et chaque acte sont soigneusement pesés.  A tout moment, la prudence, la méfiance même, est de mise.  Comment savoir à qui accorder sa confiance ?  Le compagnon qui sollicite un avis est-il un ami sincère en quête de conseil ou un pion manipulé par le régime ?  

En permanence, seules comptent la Révolution et l'image donnée au reste du monde : celle d'un bien-être et une opulence de façade.  Tout est affaire de communication :  ainsi, ce festival mondial de la jeunesse et des étudiants où la ville est restaurée, repeinte, où la nourriture est présente en abondance, d'où la population est soigneusement tenue à l'écart...  Dans le même ordre d'idée, tout qui est suspect aux yeux du régime est placé "en quarantaine" le temps des réjouissances : mariposas des Etats Unis, éléments jugés antisociaux, ... 

Relatant son parcours dans cette chronique douce-amère, le narrateur oscille entre nostalgie et cynisme.  Son parcours dans l'île est émaillé de rencontres pittoresques, de parcours atypiques, d'anecdotes étonnantes ou drôles. Il nous dévoile ainsi un pan de l'Histoire de la révolution cubaine soigneusement caché et offre au lecteur un roman dense et enrichissant.  Une richesse qui se retrouve également dans le style de l'auteur, notamment dans les nombreuses descriptions, dans le souci du détail.  Lorsqu'il évoque des lieux ou des personnages, il n'omet rien de leur parcours.  Des personnages secondaires volent ainsi la vedette quelques instants au héros. 

Sous la plume de Roberto Ampuero, La Havane et ses habitants renaissent; les termes espagnols qui émaillent le récit ajoutent davantage de réalisme et renforcent le dépaysement.  S'il peut sembler difficile à suivre, notamment par la multitude de personnages rencontrés, ce roman autobiographique mérite néanmoins un petit effort de la part du lecteur : son réalisme et sa richesse le valent largement !  A la lumière de cette lecture, l'épilogue prend tout son sens, onze ans après sa première parution. Particulièrement lorsque l'auteur évoque la lecture de son ouvrage, circulant clandestinement, à Cuba...






 

Lu dans le cadre des Chroniques de la rentrée littéraire : un grand merci à Abeline et aux éditions JC Lattès !



jeudi 19 septembre 2013

Le roman d'Ernest et Célestine de Daniel Pennac

La présentation de l'éditeur

Dans le monde conventionnel des ours, il est mal vu de se lier d’amitié avec une souris. Et pourtant, Ernest, gros ours marginal, clown et musicien, va accueillir chez lui la petite Célestine, une orpheline qui a fui le monde souterrain des rongeurs. Ces deux solitaires vont se soutenir et se réconforter, et bousculer ainsi l’ordre établi…

Avis :


En hommage à Gabrielle Vincent, "son amie, d'encre, d'aquarelle et de papier", Daniel Pennac entreprend de nous raconter la rencontre d'Ernest et Célestine, il remonte ainsi aux prémices de cette amitié improbable.  A première vue, ces deux-là n'auraient pas dû se rencontrer : entre le monde des ours et celui des souris, les relations sont quasi inexistantes et plutôt mal vues.  Dans le monde d'en bas, celui des souris, les ours sont toujours grands et méchants.  Dans le monde des ours, une souris attire inévitablement des cris perçants, des chaises en guise de refuge, voire des coups de balai... 

Ernest et Célestine se sont pourtant trouvés, grâce à l'intervention bienveillante d'une première dent perdue et d' une grosse fringale... C'est cet épisode mouvementé que Daniel Pennac choisit de nous révéler, en tentant de mettre un peu d'ordre dans les souvenirs des deux compères.  Il laisse tantôt la parole à l'un et tantôt à l'autre, au lecteur également mais s'assure que ni l'un, ni l'autre ne monopolise le récit de façon anarchique, risquant ainsi d'embrouiller définitivement le lecteur. 


C'est donc un roman choral, tendre et amusant qu'il nous offre ici.   J'y ai retrouvé, avec grand plaisir et un brin de nostalgie,  les personnages de Gabrielle Vincent, reconnaissant leurs traits de caractères, leurs habitudes ou encore leur silhouette grâce aux ombres disséminées dans l'ouvrage.  Sous ses dehors enfantins, ce récit cache un joli texte sur l'amitié et les préjugés : un roman charmant, que j'invite grands et petits à découvrir de concert, à l'image d'Ernest et Célestine !  Un grand merci aux éditions Casterman pour cette lecture en partenariat.

mardi 17 septembre 2013

Le livre et l'épée, tome 1 : La voie de la colère d'Antoine Rouaud

Lecture en partenariat dans le cadre de l'opération Masse Critique : un grand merci à Babelio et aux Editions Bragelonne.

La présentation de l'éditeur :


Le général Dun-Cadal fut le plus grand héros de l’Empire, mais il n’est plus aujourd’hui que l’ombre de lui-même, une lamentable épave au fin fond d’une taverne.
C’est là qu’une jeune historienne vient le trouver. Elle est à la recherche de l’Épée de l’Empereur, disparue dans le chaos des derniers jours de son règne, et que Dun-Cadal aurait cachée en un lieu secret.
Pour elle, le vieux guerrier va ressasser ses souvenirs de gloire et ses regrets amers, à commencer par sa rencontre avec ce garçon qui lui sauva la vie et fit sa fierté avant qu’ils ne basculent tous deux dans le drame et le tourbillon de l’Histoire.
C’est alors qu’un assassin sans visage se met à frapper au cœur de la République. Les fantômes du passé refont soudain surface, ravivant les anciennes rancœurs et la soif de vengeance d’un homme perdu sur la voie de la colère.

Avis


Chevalier remarquable aux temps de la splendeur de l’Empire, Dun-Cadal n’est plus que l’ombre de lui-même : il s’est effondré en même temps que l’Empire et se contente de survivre, noyant ses souvenirs dans l’alcool, refusant l’avènement de la République. 

Sollicité par Viola, une jeune historienne, à la recherche d’Eraêd, l’épée de l’Empereur, il entreprend de se livrer, il ne sait trop pourquoi.  Un parfum de lavande peut-être… Et voilà le vieux guerrier de remonter le temps, à l’époque des fastes impériaux et de la guerre des Salines.

Dès le début des confidences de Dun-Cadal, Antoine Rouaud promène habilement son lecteur entre passé et présent : de sa rencontre avec Grenouille qui deviendra son apprenti après lui avoir sauvé la vie aux réjouissances présentes pour fêter la République, le lecteur passe sans effort de l’un à l’autre.  La transition est fluide, quasiment naturelle : quelques mots en italique, un rappel de l’époque antérieure et le tour est joué, sans hésitations.

Du passé au présent, l’heure des règlements de compte a sonné : des complots se nouent, trouvant leur origine très profondément.  Pour le vieux chevalier, pour l’ombre qui se terre sous la défroque de la Main de l’empereur,  des choix s’imposent également !  L’auteur nous propose ici deux personnages de choix : Grenouille et Dun-Cadal, deux personnalités fortes aux motivations qui surgissent au fil du récit.  A leurs côtés, d’autres protagonistes soigneusement tracés, bons ou méchants ; des personnages charpentés, épais, certains émouvants, d’autres que l’on a plaisir à détester !


Dup m’avait prédit des nuits blanches, elle avait bien raison : un roman mouvementé, une intrigue captivante, des héros attachants…  tous les ingrédients sont réunis pour ravir les amateurs de fantasy !  Un grand merci à Babelio et aux Editions Bragelonne pour cette lecture passionnante !


jeudi 12 septembre 2013

3 femmes et un fantôme de Roddy Doyle



Le résumé de l'éditeur

Emer, la grand-mère de Mary est sur le point de mourir. Apparaît alors le fantôme de son arrière-grand-mère, morte dans les années 1920 : elle a un message à faire passer à Emer et souhaite la soutenir dans cette dernière épreuve. La mère de Mary va les aider. Toutes les quatre entament alors un road-trip délirant à travers l'Irlande vers la maison de famille abandonnée.



Avis

Pour Mary, adolescente, le monde est prêt à s'arrêter de tourner : Ava, sa meilleure amie, a déménagé à l'autre bout de Dublin et sa vie semble dévastée à jamais...  Heureusement, à douze ans, bien des choses peuvent vous redonner le goût de vivre, comme la promesse d'un nouveau jean, une séance de cinéma ou la perspective d'une tranche de pain perdu !

Pourtant, Mary reste soucieuse : sa grand-mère, Emer, est hospitalisée et elle lui rend régulièrement visite avec Scarlett, sa mère.  Ces visites à l'hôpital sont une épreuve mais ni Mary, ni Scarlett n'y renonceraient, tant les liens qui les relient à Emer sont puissants.

Un soir, au retour du collège, Mary rencontre une femme un peu étrange : d'aspect jeune mais parlant comme une vieille dame, Tansey, la charge d'un message pour Emer.  Au fil des jours, les rencontres entre Mary et Tansey se font plus nombreuses et Scarlett découvre, à son tour, stupéfaite, Tansey : le fantôme de sa grand-mère, morte de la grippe.

Roddy Doyle signe avec ce titre émouvant une histoire de famille attachante : il dresse ici quatre portraits de femmes remarquables et joue à entrecroiser leurs histoires.  Il nous entraîne ainsi à travers le temps à la découverte de la famille Stafford, au cœur de l'Irlande, nous offrant en prime une sympathique fugue sur les lieux du passé familial.

S'il évoque la mort, à travers Emer, en fin de vie, il insuffle, au long des pages, un dynamisme et une bonne humeur qui, rappelant les petites joies de l'existence, les plaisirs simples, entraîne le lecteur dans une jolie histoire de famille, gorgée d'amour.  Le fantôme qu'il choisit de mettre en scène n'a rien d'effrayant, ni de macabre, c'est juste une mère qui n'a jamais pu se résoudre à laisser sa toute petite fille et choisit de l'accompagner jusqu'au bout, la rassurant de son affection.  En conclusion, un titre à découvrir si vous cherchez une lecture gaie et émouvante.

Pour découvrir l'auteur, Arte diffusera, le 6 novembre, dans le cadre de l'Europe des écrivains, un reportage intitulé « L’Irlande de Roddy Doyle, Robert McLiam Wilson, EdnaO’Brien et Colm Tóibín ».  

Un grand merci aux éditions Flammarion pour cette lecture en partenariat.


mardi 10 septembre 2013

Le confident d'Hélène Gremillon

Lecture commune avec Stemilou

La présentation de l'éditeur :

Camille vient de perdre sa mère. Parmi les lettres de condoléances, elle découvre un étrange courrier, non signé. Elle croit d’abord à une erreur mais les lettres continuent d’arriver, tissant le roman de deux amours impossibles, de quatre destins brisés. Peu à peu, Camille comprend qu’elle n’est pas étrangère au terrible secret que cette correspondance renferme. 
Dans ce premier roman sur fond de Seconde Guerre mondiale, Hélène Grémillon mêle de main de maître récit historique et suspens psychologique. 

Avis

A la mort de sa mère, Camille reçoit une lettre étrange.  Éditrice, elle pense d'abord à un auteur tentant d'attirer son attention.  Au fil des jours, d'autres lettres arrivent, dessinant peu à peu l'histoire de Louis et d'Annie : leur enfance, leurs sentiments, la guerre qui les sépare, l'installation de nouveaux arrivants dans le village.  Une histoire de famille compliquée et douloureuse se dessine à travers ce mystérieux courrier.

Tout au long du récit, en marge des destins dévoilés peu à peu, nous découvrons les réactions de Camille, ses interrogations, les pistes qu'elle échafaude.  Plus elle avance dans sa lecture et plus elle se sent liée aux personnages mis en scène.  Les événements que lui distille son correspondant éveillent un écho troublant dans son existence actuelle.

Le confident est un roman "qui se lit tout seul" : l'auteure y mêle histoire, suspense, étude psychologique.  L'ensemble est captivant, intrigant et et le lecteur se pique au jeu, pressé de découvrir, comme Camille, le fin mot de l'histoire.  Un premier roman passionnant et une jolie découverte que je partage avec Stemilou, son billet est ici.

lundi 9 septembre 2013

Les matchs de la rentrée littéraire 2013



Les matchs de la rentrée littéraire organisés par PriceMinister reprennent, la liste des titres proposés est ci-dessous. 

Les titres proposés :

Danse Noire de Nancy Huston chez  Actes Sud
Une part de Ciel de Claudie Gallay  chez Actes Sud
La grâce des brigands de Véronique Olvalde aux Editions de l?Olivier
Lady Hunt d'Hélène Frappat chez Actes Sud
Arrête, arrête de Serge Bramly chez Nil
Rome en un jour de Maria Pourchet chez Gallimard
Dans la lumière de Barbara Kingsolver chez  Payot & Rivages
Petites scènes capitales de Sylvie Germain chez  Albin Michel
Pietra viva de Leonorde Recondo chez Sabine Wespieser
Esprit d'hiver de Laura Kasishcke chez Christian Bourgeois
La lettre à Helga de Bergsveinn Birgisson chez Zulma
La garçonnière d'Hélène Grémillon chez Flammarion

Pour s'inscrire, il suffit de remplir le formulaire adéquat et de faire votre choix. 

Je peux vous parrainer, il suffit de renseigner l'adresse du blog.  Vous pourrez ensuite parrainer un autre blogueur et recevoir un deuxième titre. 





vendredi 6 septembre 2013

La radio des blogueurs : on rentre !




En ces premiers jours de rentrée, Leiloona se penche sur notre bien-être moral et nous invite à nous mobiliser, histoire de garder bonne humeur et teint hâlé.  Quelle belle idée !



Mon choix : Saule avec un titre plutôt sympa, que je trouve tellement réaliste, Type normal.  Son entrain devrait nous permettre à tous de gagner quelques beaux jours !  Bonne rentrée !







lundi 2 septembre 2013

À l'est d'Eden de John Steinbeck

La présentation de l'éditeur :
Dans cette grande fresque, les personnages représentent le bien et le mal avec leurs rapports complexes. Adam, épris de calme. Charles, son demi-frère, dur et violent, Cathy, la femme d'Adam, un monstre camouflé derrière sa beauté, ses enfants les jumeaux Caleb et Aaron. En suivant de génération en génération les familles Trask et Hamilton, l'auteur nous raconte l'histoire de son pays, la vallée de la Salinas, en Californie du Nord.
Pour cette œuvre généreuse et attachante, John Steinbeck a reçu le prix Nobel de littérature.


Avis :


Dans la liste de mes classiques chouchou, A l'est d'Eden figure en bonne place !  Je l'ai lu et relu, avec beaucoup de plaisir à chaque fois  Aussi, lorsque Paikanne a proposé une lecture commune, j'ai donc profité de l'occasion de m'offrir un nouveau voyage vers la Californie.

Cette fois encore, la magie a opéré et c'est avec bonheur que j'ai suivi le destin d'Adam Trask, de sa plus tendre enfance à sa vie d'homme mûr dans la vallée de Salinas.  Orphelin de mère, Adam n'a pas vraiment connu une enfance heureuse : malmené par Charles, son frère cadet, il est envoyé à l'armée par son père et y reste finalement de longues années.  A son retour, les relations restent tendues entre les deux frères et l'arrivée d'une jeune femme blessée les divise davantage.

Si la vie d'Adam est le fil conducteur du roman, d'autres personnages passionnants, pittoresques gravitent autour de lui, le reléguant au second plan et donnant tout son sel à l'ouvrage.  Ainsi la famille Hamilton, emmenée par Sam, un homme profondément bon et sage; ses fils Caleb et Aron, des caractères que tout oppose; Lee, le domestique chinois qui assure le bon fonctionnement de la maisonnée, un monument à lui seul...

Dans cette œuvre majeure, John Steinbeck évoque le mythe de Caïn et Abel. Tout au long du roman, le bien et le mal s'affrontent, menant chacun à des choix plus ou moins heureux.  Que ce soit dans les fratries évoquées ou simplement à l'intérieur des personnages.  Certains appartiennent uniquement à un des côtés mais parfois, les forces s'affrontent et tourmentent les héros.  Occasionnellement ou sans leur laisser de répit...  Jusqu'au mot final, ai-je envie de dire !

Je referme cet ouvrage, aussi enthousiaste qu'à ma première lecture : personnages profondément humains, écriture réaliste et émouvante, richesse des descriptions...   Un roman magistral !  Indubitablement, le charme est toujours présent; le seul à n'avoir pas tenu le coup est finalement mon exemplaire du roman où quelques pages manquent aujourd'hui à l'appel...