"Si vous possédez une bibliothèque et un jardin, vous avez tout ce qu'il vous faut."
Cicéron

vendredi 30 août 2013

Daffodil Silver d'Isabelle Monnin

La présentation de l’éditeur


Aujourd'hui est une journée particulière dans la vie de Daffodil Silver. Elle a rendez-vous chez le notaire pour régler la succession d'une famille aux destinées tragiques et glorieuses, une famille où les femmes portent des prénoms de fleurs et les hommes des prénoms d'arbres, une famille fantasque et vulnérable.



Un roman bouleversant, qui marche sur la mince bordure qui sépare la vie de la mort, et parfois trébuche.

Avis


Daffodil Silver vient d'enterrer ses parents et est maintenant dépositaire d'une pesante histoire familiale, celle de sa tante Rosa.  Un fardeau que sa mère, Lilas, a choisi de porter toute sa vie et dont le sort réside maintenant entre les mains de Daffodil.  Va-t-elle à son tour opter pour l'effacement et marcher dans les pas de Lilas ou, au contraire, choisir de mettre un terme à cette religion maternelle et décider de vivre ?

Née dans une famille où il est de tradition de donner des noms de fleurs aux petites filles et d'arbres aux petits garçons, Rosa est un personnage lumineux, expansif.  Sa vie brève a marqué tous ceux qui l'ont côtoyée et qui la pleurent désormais.  Au premier plan, sa sœur Lilas qui, face au décès de sa cadette, ne peut envisager sa vie en son absence et décide de lui consacrer son existence par delà la mort.  Sa première idée est un livre retraçant sa trop courte vie, d'autres suivront...

Première touchée par les projets de sa mère et l'absence qui en découle, Daffodil entreprend de livrer au notaire chargé de régler la succession l'histoire de cette famille hors du commun.  S'ouvrant sous forme de huis clos, au fil des rendez-vous entre Daffodil et Pierre-Antoine, son notaire, le récit élargit imperceptiblement son horizon tout au long de l'existence de Rosa, de sa naissance à son décès.  Daffodil a pourtant à peine connu sa tante car la date de sa naissance et celle de la mort de Rosa coïncident quasiment.

Au cœur de cette saga familiale un peu exclusive, Isabelle Monnin met en scène quelques personnages remarquables.  Au centre de la lumière : Rosa, la cadette des sœurs Faure !  Dès sa naissance, elle a occupé tout l'espace.  Son arrivée a transformé la vie de Lilas qui, dès lors, n'a plus vu, vécu que par elle.  Rosa est vivante, enjouée, rayonnante.  Elle déborde d'idées, trouve des solutions aux problèmes les plus fous.  Sa complicité avec Lilas est extraordinaire : les deux filles s'inventent des mondes, des histoires fantastiques, des voyages, ...  Adultes, elles ne se quittent pas et partent étudier ensemble. A sa suite, Lilas est un personnage troublant : celle qui a vécu dans l'ombre de sa cadette, se réchauffant à sa lumière.  Depuis toujours, elle a pensé mourir jeune car marquée par la "chiale", habitée d'un sombre pressentiment.  Dévastée, elle choisit de vouer ses jours à l'absente, de s'assurer que morte, celle-ci reste bien vivante.  Renonçant ainsi en quelque sorte aux vivants, se coupant du monde.  Daffodil dira d'elle dans les petits poèmes qu'elle rédige, enfant : "mère agitée, vagues à l'âme."  A ses côtés, Seymour, son mari, est le sauveteur américain, le parachutiste soucieux d'adoucir la douleur de Lilas, de la rendre acceptable à sa fille.  Il cherche à ramener son épouse vers les vivants et protège sa petite jonquille de la tempête. Un beau personnage tout en espoir et en fantaisie.  Quant à Daffodil, je choisis de ne rien pas en dire davantage, préférant comme l'auteur, lui laisser la parole.  Dans les coulisses, d'autres personnages, tout aussi attachants, croisent la destinée de notre héroïne et viennent, à leur tour, enrichir le passé de Daffodil.  A l'image de Pierre-Antoine, ce notaire qui prend de l'épaisseur au fil du récit et amène le lecteur à s'interroger...

Il est difficile de mettre le doigt sur le thème précis de cet ouvrage, tant il semble vaste et permet une multitude de lectures : l'héritage familial, le deuil, la place qu'occupent les défunts, les choix de vie...  Néanmoins, s'il est fortement marqué par la mort, ce roman est loin d'être pesant et rébarbatif.  Je dirais plutôt qu'il est empreint d'émotions variées, qu'il procure autant de joie que de tristesse.  Ainsi, en parallèle des événements qui rythment la vie de Rosa et ensuite son accession au rang d'icône,  le récit prête aussi bien à rire qu'à pleurer.  C'est, au final, la vie qui s'impose à travers ce roman et mène la danse :  à chacun ensuite de la mener comme il l'entend. 


Porté par l'écriture sensible et délicate d'Isabelle Monnin, ce roman excelle à rendre palpable l'histoire qu'il véhicule et à éveiller chez le lecteur des sentiments variés, au diapason des états d'âme de ses héros.  Il constitue pour moi une excellente découverte et marque une belle entrée en matière dans cette rentrée littéraire 2013.



 


Lu dans le cadre des Chroniques de la rentrée littéraire : un grand merci à Abeline et aux éditions JC Lattès !


Challenge 1 % de la rentrée littéraire : 1/6



lundi 26 août 2013

Le convoi de l'eau d'Akira Yoshimura

La présentation de l'éditeur :

Un homme étrange s’est engagé au sein d’une équipe chargée de construire un barrage en haute montagne. Perdu dans la brume, tout au fond d’une vallée mal connue et difficilement accessible, se révèlent les contours d’un hameau. Les travaux ne sont pas remis en question par cette découverte : le village sera englouti sous les eaux. Au cours du terrible chantier, alors que la dynamite éventre la montagne et ébranle les maisons, le destin du narrateur entre en résonance avec celui de la petite communauté condamnée à l’exil.



Dans des paysages dont la splendeur contraste avec la violence fruste des mœurs, cette fable sombre retrace un combat tellurique et intimiste d’une poésie inoubliable.

Avis

Une équipe d'ouvriers s'engage dans les montagnes bravant les conditions climatiques et les difficultés du terrain.  Parmi eux, le narrateur : un homme solitaire et mystérieux, qui peu à peu livre son passé au lecteur.

Embauchés pour construire un barrage, ces ouvriers doivent d'abord défricher le terrain, installer les équipements, ...  Au fond de la vallée, un hameau isolé, en marge de la civilisation, sera inondé par le barrage.  

Inévitablement, le camp et le village sont proches; pourtant, les échanges sont plus que réduits et il s'agit davantage d'observation que de cohabitation.  Face au sort des villageois, le narrateur, un homme tourmenté, ne peut s'empêcher de ressentir de l'empathie pour ces déracinés.

Dans le convoi de l'eau, l'auteur nous livre les réflexions du narrateur, ses sentiments pour le village, son passé trouble, son mépris pour les siens, ...  Du hameau et de ses habitants, nous ne suivons que l'activité, les tentatives pour préserver leur environnement et enfin pour conserver du mieux possible leurs coutumes ancestrales.  C'est en effet un combat qui oppose modernité et traditions qui nous est relaté ici.  Deux univers  s'affrontent, dans le fracas de la dynamite et des chantiers.  Le calendrier strict, l'agitation et les marchandages font ainsi face à la quiétude des villageois, à leur résignation. 


Ce court roman, aux allures de fable, m'a paru assez difficile à résumer : comment en ramener la puissance et la magie à quelques lignes ?  Il s'agit d'un roman qui se distingue par une grande force évocatrice : à la suite de cet homme mystérieux, l'auteur nous emmène au cours des montagnes japonaises, dans la pluie et la brume.  L'écriture est poétique, superbe, à l'image des paysages dépeints.  Un texte à découvrir !










Challenge Ecrivains japonais : Lecture du mois d'août, Akira Yoshimura

samedi 24 août 2013

Secret d'été d'Elin Hilderbrand


Lecture en partenariat avec Livraddict et les éditions JC Lattès : un grand merci à tous deux pour cette lecture !




La présentation de l'éditeur


Par une chaude soirée de juin, les élèves du lycée de Nantucket High se rassemblent sur la plage pour le traditionnel feu de camp de fin d’année. Mais la fête se termine en tragédie : un terrible accident de voiture coûte la vie de la conductrice, Penny Alistair, et plonge Hobby, sonfrère jumeau, dans le coma.

Tout s’effondre pour Zoé, la mère des jumeaux, qui doit faire face à l’impensable : une vie sans sa fille et la convalescence douloureuse de son fils, un grand athlète à l’avenir désormais incertain. Zoé la libre-penseuse, aussi bien une mère qu’une amie pour ses enfants, doit aujourd’hui affronter des vérités pénibles sur eux comme sur son propre rôle dans cette tragédie. Au fil de l’été, le drame soulève de nombreuses interrogations au sein des familles. La clé de l’accident se cache dans le secret que Penny a découvert ce soir-là sur la plage… Ce secret détruira-t-il aussi la paix fragile des survivants ? 


Avis

Nantucket, un nom qui fait rêver...  Ce roman nous en raconte un été, entre juin et septembre et s'ouvre en quelque sorte dans les coulisses  : les touristes n'ont pas encore débarqué, l'année scolaire se termine et l'île n'appartient qu'à ses habitants. Alors que des changements s'annoncent pour ceux qui quittent l'école et que l'heure est à la fête, l'ambiance bascule brutalement.  Un dramatique accident de voiture déchire la nuit et met un terme aux réjouissances.  Penelope Alistair a perdu la vie, son frère Hampton est dans le coma, grièvement blessé, leurs amis Jake et Demeter sont juste commotionnés. 

Le bilan est lourd...  C'est toute l'île qui pleure, d'autant que les victimes étaient "célèbres" à Nantucket : Penny, remarquablement douée pour le chant, était "la voix de Nantucket" et Hobby brillait par ses exploits au football. 

Pour Zoe, la mère des jumeaux, il importe d'abord de veiller sur son fils, le deuil viendra plus tard.  Pendant ce temps, dans l'île, des hommages s'organisent et la vie reprend peu à peu ses droits.  Pour ceux qui restent, vient le temps des questions : comment expliquer le comportement de Penny ?  Qu'a-t-elle appris pour être bouleversée à ce point et adopter cette conduite destructrice ?

A travers les trois grandes parties de l'ouvrage, de juin à septembre, Elin Hilderbrand donne la parole aux différents protagonistes et se focalise ainsi sur un aspect différent de cette histoire tragique.  Il appartient à chacun de la vivre à sa manière. 

Elle a également choisi de faire de l'île et ses habitants un personnage à part entière, de nous livrer l'avis général, le ressenti de toute une population.  En effet,  à travers le drame qui touche la famille Alistair, c'est tout Nantucket qui soufre et voit son histoire collective bouleversée.

Tour à tour, au cours de cet été, les personnages se livrent : chacun doit faire face à ses problèmes, à sa vie chamboulée par la mort de Penny et par le terrible secret qui a mis fin à ses jours.  Peu à peu, la vie se reconstruit face à l'absence.  Mère, amis, frère, petit ami ... une page est tournée ou doit l'être. Les questions, la culpabilité surgissent également et rongent le quotidien. 


Sous ses angles variables, ce texte est très touchant, c'est surtout le vide, son dénominateur commun, qui prend le pas et qui oblige chacun à affronter ce "plus jamais".   Le thème central de ce roman est inévitablement dur mais l'ensemble offre une lecture agréable, sans être larmoyant, ni pesant : à l'image de sa couverture...  Peut-être grâce à sa géographie ?  Un très joli roman que je dois à Livraddict et aux éditions JC Lattès: un grand merci !






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