"Si vous possédez une bibliothèque et un jardin, vous avez tout ce qu'il vous faut."
Cicéron

mardi 30 avril 2013

La fille seule dans le vestiaire des garçons d'Hubert Ben Kemoun

La présentation de l'éditeur :

Tout commence par un baiser, comme une chance, une promesse pour Marion. Une aubaine pour une jeune fille toujours si maladroite avec les garçons. Mais ce baiser va faire de sa vie un enfer. Peu à peu, la honte laisse toute la place à la rage, et Marion prépare sa vengeance. Sans réfléchir aux conséquences de ses actes...



Avis :


La collection Emotion des éditions Flammarion propose des romans destinés aux adolescents à partir de 13 ans.  Chaque roman met en avant une émotion choisie par l’auteur : dans ce cas-ci, le quatrième de la série, la rage.  Cette émotion est d’ailleurs mise en évidence dans la couverture, entourée d’émotions variées inscrite sur fond  noir.  Rage s’y détache nettement.  Un coup de cœur déjà pour cette couverture, tout en opposition, en contrastes, avec un côté très brut dans sa texture.
 
Adolescente calme et effacée, Marion cache pourtant  de profondes blessures : le départ de son père pour l’Argentine et sa décision surprise d’y refaire sa vie, seul, sans sa famille ; sa solitude, sans véritable ami ; sa mère qui cherche à tourner la page avec un compagnon fiable…  Outre dans les facéties et l’optimisme de Barnabé, son petit frère, Marion puise du réconfort dans la musique et dans les textes qu’elle écrit. 
 
Au collège, la situation est plus compliquée : taxée d'intello, Marion est plutôt seule, ignorée sauf au moment des travaux à rendre.  Chahutée par Enzo, un gros bras du collège, elle n’hésite pas à répliquer et à lui mener la vie dure.  D’escarmouche en prise de bec, la situation dégénère rapidement et Marion se trouve piégée, dans une vidéo gênante, diffusée sur internet.   Peu à peu, un engrenage infernal se met en place.  Acculée mais ne manquant ni d’idées, ni de courage, la jeune fille échafaude un plan pour se venger.  Sans imaginer que la situation pourrait être bien pire...
Dans ce texte très actuel, Hubert ben Kemoun nous décrit les mésaventures de Marion, victime d’humiliation à travers les réseaux sociaux.  Au fil du récit, la situation s’envenime et échappe à la jeune fille.  Seule, prisonnière de ses actes et de ses mensonges, elle se trouve perdue, ne parvient pas à oublier cette vidéo compromettante et devient peu à peu paranoïaque.  Impossible pour elle d'imaginer qu'on puisse lui parler sans arrière-pensée,  d’accorder sa confiance et gare à celui sur qui se déversera sa colère.
La fille seule dans le vestiaire des garçons est un roman fort et percutant, il se distingue par son réalisme et par le caractère profondément humain de ses personnages, tout en émotions, en sensibilité.  Difficile de ne pas y retrouver nos ados, doutant sous le regard des autres, faisant le gros dos face à la solitude, perdant leurs moyens suite à une moquerie…  Ou de se revoir quelques années en arrière, réseaux sociaux mis à part…   Une belle réussite qui devrait faire des adeptes, quel que soit l’âge…  Je dois dire qu’ici, il y a déjà une option dessus ^^  Un titre à découvrir dès le 2 mai !
Un grand merci aux éditions Flammarion pour ce coup de coeur, lu en partenariat.

lundi 29 avril 2013

Sur un air de Mozart de Flore Talamon

Lecture en partenariat dans le cadre de l'opération Masse Critique : un grand merci à Babelio et aux Editions Nathan.
La présentation de l'éditeur :
 
Vienne, 1790. Viky, 12 ans, apprend que son père va se remarier. Loin de la réjouir, cette nouvelle la bouleverse. D’autant que sa future belle-mère semble décidée à tout régenter. Elle cherche même à l’empêcher de jouer du piano ! Pour couronner le tout, Viki ne reconnaît plus sa grande sœur. Cette dernière se met à rêver d’amour, de liberté, et enchaîne les actes de rébellion. Perdue dans ce tourbillon de changements, Viki trouve refuge dans la musique et surtout, chez son nouveau voisin, le célèbre Mozart…
 
Avis :
 
Dans l’Autriche du XVIII, Viki, une tout jeune fille, vit la musique comme une passion.  Orpheline de mère, elle y trouve un moyen de la garder à ses côtés, à travers notamment les berceuses qu’elle lui chantait.  C’est aussi la musique qui réunit toute la famille lors de petits spectacles soigneusement préparés.  Entre sa sœur Luisa dont le caractère s’affirme à l’adolescence, et un père aimant mais fort occupé, Viki mène une vie assez tranquille.  Pourtant du changement s’annonce : de nouveaux voisins vont emménager prochainement et Viki découvre avec joie qu’il s’agira de Mozart et de sa famille, tout un événement !  Au cœur de la cellule familiale, des bouleversements se préparent également : le père de Viki et Luisa envisage de se remarier, ce qui n’est pas vraiment au goût des jeunes filles.  D’autant que leur belle-mère semble très peu priser la musique et entend bien imposer sa loi dans la maison.  L’avenir risque d’être agité…
Dans ce roman jeunesse bien plaisant, Flore Talamon fait de la jeune Viki la vedette du récit et de Mozart un personnage secondaire.  De manière très naturelle et bien pensée, elle nous permet pourtant de découvrir Mozart, ses œuvres, ses difficultés d'artiste, son quotidien…   Nous pouvons également suivre de loin la composition de La flûte enchantée et du mystérieux Requiem dont on ne sait à qui il est destiné.   
Dans l’évocation de Mozart, de la Révolution française tout proche ou encore du quotidien de la famille bourgeoise de Viki, la partie historique est habilement amenée et jamais pesante : le plaisir du lecteur reste intact et les plus jeunes devraient apprécier cette lecture qui leur permettra d'aborder, voire d'approfondir, le monde de la musique. 

tous les livres sur Babelio.com

dimanche 28 avril 2013

Un bûcher sous la neige de Susan Fletcher

La présentation de l'éditeur :
 
Au coeur de l'Ecosse du XVIIe siècle, Corrag, jeune fille accusée de sorcellerie, attend le bûcher. Dans le clair-obscur d'une prison putride le Révérend Charles Leslie, venu d'Irlande espionner l'ennemi, l'interroge sur les massacres dont elle a été témoin. Mais, depuis sa geôle, la voix de Corrag s'élève au-dessus des légendes de sorcières, par-delà ses haillons et sa tignasse sauvage. Peu à peu, la créature maudite s'efface; du coin de sa cellule émane une lumière, une sorte de grâce pure. Et lorsque le révérend retourne à sa table de travail, les lettres qu'il brûle d'écrire sont pour sa femme Jane, non pour son roi.

Chaque soir, ce récit continue, Charles suit Corrag à travers les Highlands enneigés, sous les cascades où elle lave sa peau poussiéreuse des heures de chevauchée solitaire. Chaque soir, à travers ses lettres, il se rapproche de Corrag, la comprend, la regarde enfin et voit que son péché est son innocence et le bûcher qui l'attend le supplice d'un agneau.


Avis :


A travers les lettres du révérend Charles Leslie à son épouse Jane, Susan Fletcher nous fait découvrir l’histoire de Corrag, une jeune fille accusée de sorcellerie : au fond de l’Ecosse, à la fin du XVIIe siècle, il ne fait pas bon vivre autrement et  Corrag en a fait, au long de sa courte vie, la douloureuse expérience.  L’époque est agitée et la lutte pour le trône est à l’origine de bien des conflits.  Jacobite convaincu, le révérend Leslie est envoyé en Ecosse pour faire la lumière sur le massacre de Glencoe.  Corrag en a été le témoin et au fil des jours qui la séparent du bûcher, elle relate pour lui sa vie hors normes et ses relations avec le monde.  Peu à peu, la véritable raison de sa capture, tout comme sa vraie nature, se révèle au révérend bouleversé.

Dans ce récit mêlant habilement Histoire et émotions, Susan Fletcher met en scène un personnage malmené depuis sa plus tendre enfance.  De tous temps, Corrag a été victime du regard méfiant des autres, même lorsqu’elle les soignait.  Tout  a commencé avec la mort de sa grand-mère, accusée de sorcellerie et sa mère l'a avertie depuis toujours...  Cela n’empêche pas la jeune fille de poser un regard émerveillé sur la nature et ses beautés, de croire en la vie, de se mettre à la disposition de son prochain...
Le personnage de Corrag est profondément émouvant : avec sa spontanéité, son bon sens, ses joies simples, ...  Face à elle, le révérend Leslie est d'abord méfiant mais au fil du récit, lui aussi, se laisse toucher par cette femme sensible et bonne.  Il découvre peu à peu les différents moments de sa vie, notamment l'accueil du clan MacDonald, au coeur du conflit pour la couronne.  Ces hommes rudes et courageux ont vu en elle son bon coeur et son don pour les plantes, pas davantage, et en ont fait une des leurs. 
Tout au long du récit de Corrag, émaillé des écrits du révérend Leslie à son épouse, Susan Fletcher met en lumière la différence et invite à la tolérance.  A travers les Highlands, elle célèbre la beauté de la vie, la richesse de la nature dans un hymne à l'amour poignant.  Un superbe roman : un grand merci aux éditions J’ai lu pour cette découverte captivante !

vendredi 26 avril 2013

J'ai pas choisi de Fanny Abadie


Lecture en partenariat avec Livraddict et les éditions Milan Macadam : un grand merci à tous deux pour cette découverte !

La présentation de l'éditeur :
 
Faustine aime les mots, par-dessus tout.
En écrire aussi.
Faustine aime Johan, plus que tout.
En secret.
Et puis Faustine rencontre une drôle de fille,
Niilam, qui lui propose un drôle de pacte.
L'amour de Johan contre les mots de Faustine.
Un choix à hauts risques.
 
 
Avis :


Dans ce court roman, Fanny Abadie met en scène Faustine, une jeune fille amoureuse, manquant de confiance en elle.  Habile avec les mots, Faustine perd tous ses moyens en face de Johan : elle aimerait pourtant attirer son attention et lui faire oublier sa parfaite petite amie.  C’est alors qu’intervient Niilam, une fille un peu mystérieuse qui propose rapidement un marché surprenant à Faustine…

De manière originale et captivante, Fanny Abadie remet au goût du jour le mythe de Faust et l’actualise par la musique et les slams.  L’écriture de ce texte est certainement le premier de ses atouts : poétique, légère,  elle colle à la perfection à cette histoire d’adolescence et de manipulation.  En se rangeant du côté de Faustine et en mettant dans sa bouche cette habileté hors du commun , elle célèbre ainsi les mots et l’écriture. 

A travers Faustine et son don pour les mots, l’auteure met en scène une héroïne attachante : sympathique  et touchante à travers sa timidité, sa maladresse face à Johan mais également sa facilité à écrire des slams.  Pourtant, lorsque cela s’avère nécessaire, Faustine peut aussi se montrer forte et mettre en avant ses dons.  Perdu également dans l’adolescence, Mathieu, le demi-frère de Faustine, est un personnage qui m’a plu : par ses sautes d’humeur, ses emballements et ses doutes, je l’ai trouvé émouvant et  très réaliste.

Outre l’importance qu’il accorde à la littérature, ce roman fait également la part belle à la musique en y intégrant, avec bonheur, d’anciens classiques.  A travers les coups de cœur que Faustine et Mathieu écoutent en boucle, par exemple, rythmant leurs états d’âme.  Une invitation à écouter de vieux morceaux…

Amorcé par une couverture plaisante, sur laquelle il vaut la peine de se pencher, ce récit est un roman jeunesse bien construit et plaisant : de jolies références, un peu de surnaturel, des héros attachants et réalistes, … L’assurance d’un bon moment de lecture, pour lequel je remercie Livraddict et les éditions Milan Macadam .





Logo Livraddict

dimanche 21 avril 2013

Zéro pointé de François Langrand

La présentation de l'éditeur :

Les perles d’élèves, on connaît, mais les perles de profs, beaucoup moins !  Ce recueil 100% inédit comble ce manque en proposant plus de 300 commentaires de profs surprenants et souvent hilarants qui viennent ponctuer des réponses d’élèves qui ne le sont pas moins… Un best of à l’encre rouge des réactions à chaud de prof exaspérés ou désabusés.  Attention, cinglant !


Avis :

Voici ma deuxième rencontre avec la collection humour des éditions J’ai lu : un condensé de bonne humeur qui devrait dérider chacun d'entre nous, qu'il soit ou non enseignant ! Cet ouvrage reprend des extraits de copies d'élèves originales. Sur fond vert, les copies se suivent et ne se ressemblent pas, si ce n'est par les réponses fausses et farfelues qui y sont reprises. La mise en page est vivante, attrayante. Peut-être aussi en raison des nombreuses annotations au bic rouge ?

 

Les exemples choisis traitent de matières variées et par l'originalité des réponses données par les étudiants, mais également par les commentaires formulés par les professeurs. Une irrésitible alchimie !

L'ensemble est savoureux, souvent culotté... Le résultat est là : les exemples font mouche et le lecteur ne peut s'empêcher de rire.  Un travail qui mérite assurément une note de 10 !
Un grand merci aux éditions J’ai lu pour cette lecture "Eclats de rire garantis" en partenariat.


vendredi 19 avril 2013

Druide d'Olivier Peru

Lecture en partenariat avec Book en Stock et les Editions J'ai Lu : un grand merci pour cette découverte.
 
Le résumé de l'éditeur :
 
Les druides règnent sur une forêt primordiale et sacrée sise au coeur du monde. Détenteurs d'une sagesse millénaire, ils sont les gardiens du Pacte Ancien, dont le respect garantit la paix entre les peuples. Mais un crime de sang d'une violence inouïe met en péril le fragile échiquier politique des royaumes du Nord. Le druide Obrigan, aidé de ses deux apprentis, ne dispose que de vingt et un jours, pas un de plus, pour élucider les circonstances du drame, faute de quoi une guerre totale éclatera. Et tandis que le compte à rebours tourne, chaque lune apporte son lot de nouveaux cadavres, l'entraînant toujours plus loin dans l'horreur...
 
Avis :


C’est très emballée que je me penche sur ce billet mais bien embêtée aussi car je ne sais par où commencer…  Avant tout, l’envie est grande de vous faire partager mon enthousiasme : j’ai refermé cet ouvrage il y a quelques jours et les personnages, l’action, les batailles sont toujours aussi présents devant mes yeux.  Il faut pourtant que je vous parle de l’histoire également, de ce récit que je vous invite fortement à le découvrir : un petit (même si au nombre de pages, le terme « gros » serait plus adapté) bijou de fantasy ! 

C’est par le sang que tout commence : par la mort atroce et inexpliquée de soldats du roi Yllias au cœur d’une forteresse a priori imprenable…  En plein désarroi, le commandant choisit de faire appel à la sagesse et à la sagacité des druides pour résoudre ce mystère.  Obrigan, un maître loup, est alors dépêché sur place, en compagnie de ses deux apprentis : Tobias et Kesher.  A leur suite, nous découvrons le conflit qui empoisonne depuis des années les relations entre les royaumes du Sonrygar  et  du Rahimir. 

Inutile de souligner l’importance que revêt cette enquête : leurs souverains sont prêts à en découdre à la moindre occasion et pour Obrigan, le temps est compté.  Plus le temps avance et plus le mystère s’épaissit.  Sans compter qu’au cœur de la mère verte, les cadavres se multiplient…  Cherchant désespérément à faire la lumière sur cette triste affaire, Obrigan met en lumière des secrets enfouis depuis des temps anciens.

J’ai l’impression de vous en avoir livré si peu au vu la densité de l’ouvrage : c’est toute une société, ses rouages et son histoire que nous décrit Oliver Peru.  Qu’il s’agisse des druides, de la frontière ou des royaumes avoisinants, l’auteur n’a rien laissé au hasard et leur découverte est passionnante. 

Il en va de même des personnages et quelques figures méritent de s’y attarder : Obrigan, bien sûr, pierre angulaire de ce roman mais aussi ses aides, ses fils de sève et Jarekson, mon personnage favori ^^, dont on ne parvient à décider s’il est foncièrement bon ou mauvais…

Quant à l’intrigue, elle oscille entre thriller et fantasy, captivant le lecteur jusqu’au point final et l’entraînant toujours plus profondément au cœur de la mère verte et de ses secrets.  Il me reste donc à vous inviter à découvrir à votre tour l’univers de Druide, à qui j’attribue sans hésitation une mention Coup de cœur.  Pour ma part, excellente nouvelle, grâce aux Editions J'ai Lu , Martyrs a rejoint ma PAL ce matin…
Un grand merci à Book en Stock et aux Editions J'ai Lu pour cette lecture passionnante !
 
Pour prolonger cette lecture, Dup et Phooka organisent le mois d'Oliver Peru.
Interview participative, inédits ... sont au programme N'hésitez pas, vous ne regreterrez pas le détour !

jeudi 11 avril 2013

Le projet Abraxa de Frédéric Delmeulle

Présentation de l'éditeur :


Emma et ses amis sont révoltés par toutes les inégalités du monde dans lequel ils vivent.

Persuadés qu’en modifiant un événement du passé, ils pourront réécrire l’histoire, ils subtilisent un sous-marin qui a le pouvoir de remonter le temps.

Ensemble, ils se lancent dans la plus extraordinaire et la plus dangereuse des aventures.

Le projet Abraxa est en marche…


Avis :


Réunis pour les besoins d’un dossier sur l’uchronie en cours d’histoire, Emma, No, Zack et Tim en ressortent sensibilisés aux injustices de notre société et soudés par l’envie de faire bouger les choses. 

Si cela semble difficile au commun des ados, Emma a un atout dans sa manche : un héritage pour le moins original, le Vertov, un sous-marin nucléaire se déplaçant dans l’espace-temps.  Avec  cet extraordinaire outil, tout est envisageable !  Notre héroïne  a vite fait d’imaginer une modification de l’Histoire et d’embarquer ses trois amis dans l’aventure.  La date charnière est identifiée et le périple peut commencer… 

Voici donc nos quatre héros plongés en plein XVe siècle, un peu avant la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb.  A leur grande surprise, un navire inconnu semble suivre de loin les caravelles espagnoles.  Pendant qu’Emma et ses amis s’interrogent sur l’identité des poursuivants de Colomb, un jeune marin, Alvaro, nous relate la vie à bord et nous expose les tenants et aboutissants de cette course-poursuite.

Bien involontairement, ces personnages que tout sépare vont être amenés à collaborer, ce qui s’avère, de prime abord, assez compliqué.

Croisant les entreprises de nos aventuriers modernes et de l’équipage portugais, Frédéric Delmeulle oppose les certitudes de chacun et leurs sentiments face à l’imprévu, voire l’impossible.  Ce sont deux univers qui doivent cohabiter dans une vision originale et intrigante de la  conquête des Amériques !   

Ainsi, l’auteur propose de découvrir en quelque sorte l’envers du décor des  voyages des conquistadors et la dure réalité de la vie à bord, faite d’incertitudes et liée au bon vouloir des éléments.  Dans un second temps, la réalité rattrape la fiction : armés des meilleures intentions du monde, les jeunes héros vont pourtant devoir gérer quelques effets secondaires de leur projet Abraxa.  L’ensemble forme un récit d’aventures fantastiques passionnant qui devrait séduire les jeunes (et moins jeunes)  lecteurs !  Un grand merci aux éditions Flammarion pour ce voyage captivant.





mardi 9 avril 2013

Guide à l'usage des jeunes femmes à bicyclette sur la route de la soie de Suzanne Joinson

Lecture en partenariat dans le cadre de l'opération Masse Critique : un grand merci à Babelio et aux Presses de la Cité.

La présentation de l'éditeur :

Un carnet de notes. Un héritage inattendu. La rencontre improbable de deux mondes.

Parce qu'elle cherche à fuir l'Angleterre de l'entre-deux-guerres et son carcan bourgeois, Evangeline, jeune femme éprise de liberté, décide de suivre sa soeur missionnaire jusqu'en Asie, emportant avec elle sa bicyclette.
Des décennies plus tard, Frieda, une Londonienne en perpétuel transit, apprend qu'elle est l'unique héritière d'une femme dont elle ignore tout. Débute alors pour elle un fabuleux voyage à travers le temps.

Avis : 


Soucieuse d’échapper à une existence ennuyeuse à la mort de son père, la jeune Evangeline English s’empresse de feindre une foi profonde et d’emboîter le pas à sa sœur Elizabeth sur point de partir évangéliser le Turkestan.  Nous sommes dans les années vingt et l’entreprise est pour le moins audacieuse.  Bien décidées, les deux soeurs quittent Londres, chapeautées par  Millicent, une amie de Lizzie, à l'origine de cet audacieux projet. 

Si Lizzie ne quitte pas son Leica, Eva, elle, s’embarque, munie d’une bicyclette.  Elle réussit même le tour de force de décrocher, avant son départ, un contrat pour le journal qui relatera ses aventures : le fameux guide à l'usage des jeunes femmes à bicyclette sur la route de la soie.

Rapidement, le périple des jeunes femmes est interrompu par un drame : la rencontre d’une tout jeune fille sur le point d’accoucher.  Se portant à son secours, les trois missionnaires ne peuvent empêcher son décès.  Elles réussissent néanmoins à sauver le bébé mais sont désignées comme responsables de la mort de la mère.  Assignées à résidence, en attente d’un procès, Millicent, Lizzie et Eva se font peu à peu à cette nouvelle vie : Lizzie passe son temps à prendre des photos, Millicent  ne recule devant rien pour mener à bien sa mission d’évangélisation tandis qu’Eva prend soin du nouveau-né, une petite fille prénommée Ai-Lien, et livre de temps à autre ses impressions à son journal.

Aujourd’hui, à Londres, Frieda, une jeune journaliste, cumule elle aussi les situations complexes : elle doit gérer  une relation difficile avec Nathaniel, un homme marié et père de famille, un individu par excellence instable.  Ce qui ne l’empêche pas d’apporter son aide à Tayed, un clandestin découvert dans le couloir de son immeuble.

Lorsqu’elle se découvre l’héritière d’Irène Guy, une inconnue, sa stupéfaction est grande.  Elle s’efforce de découvrir quel lien les unissait, un défi de taille.  Pour ce faire, elle doit, en effet, retrouver la mère qui l’a abandonnée enfant…

Alternant les deux récits, Suzanne Joinson lie peu à peu le destin de ces deux femmes.  Si, d’entrée de jeu, le drame chasse rapidement la poésie de la couverture et remplace l’aventure annoncée, ce récit, que je qualifierais aisément de chronique, m’a beaucoup intéressée.  Immédiatement, Eva et ses compagnes font face à l’hostilité locale, à la méfiance, à l’ignorance.  Ce qui ne tempère en rien les ardeurs missionnaires de Millicent qui refuse d’admettre la réalité des choses.  On ne peut que se demander à quel moment la situation va s’embraser …

Les personnages mis en scène donnent vie et présence aux récits qui s’entrecroisent : l’auteur s’y entend pour créer des êtres qui, tour à tour, éveillent notre sympathie ou au contraire nous semblent odieux.  Bons ou méchants, seul importe leur réalisme !

A travers le destin d’Eva, emprise de liberté, l’auteure fait la part belle à la tolérance, la découverte de l’autre, quel qu’il soit, la différence, …   Elle aborde également, à diverses reprises, les relations familiales, la place de la femme et l’amour maternel.  Autant de sujets qui ajoutent au charme de ce premier roman et en font une agréable découverte, pour laquelle je remercie Babelio et les Presses de la Cité !



L'apothicaire d'Henri Loevenbruck

Le résumé de l'éditeur :
 
"Il vécut à Paris en l'an 1313 un homme qui allait du nom d'Andreas Saint-Loup, mais que d'aucuns appelaient l'Apothicaire, car il était le plus illustre et le plus mystérieux des préparateurs de potions, onguents, drogues et remèdes..."
Un matin de janvier, cet homme découvre dans sa boutique une pièce qu'il avait oubliée... Il comprend alors que jadis vivait ici une personne qui a soudainement disparu de toutes les mémoires.
L'Apothicaire, poursuivi par d'obscurs ennemis, accusé d'hérésie par le roi Philippe le Bel et l'Inquisiteur de France, décide de partir jusqu'au mont Sinaï.
 
Avis :


Homme renfermé et réfractaire à la foi, Andreas de Saint-Loup est un brillant apothicaire établi à Paris, sous le règne de Philippe le Bel.  Enfant trouvé, il a été élevé par les moines et, peu à peu, a trouvé sa voie.  Aujourd’hui, son apprenti termine sa formation et s’il s’inquiète un peu de se retrouver seul face à la tâche, pas question de dévoiler ses émotions pour autant. 

Au cours des petits faits banals du quotidien, Andreas découvre, intrigué, une pièce dans son logement dont il avait oublié l’existence.   D’autres éléments semblent également avoir échappé à son implacable mémoire et ses proches n’en ont aucun souvenir.  Voilà qui ne peut qu’aiguiller la sagacité de notre apothicaire et le conduire, en compagnie de Robin, son nouveau disciple, un garçon maladroit et sensible, à enquêter sur cette mystérieuse disparition.

En parallèle, à Béziers, la jeune Aalis renonce, de manière dramatique, à tout ce qu’elle connaissait et se lance, elle aussi, sur les routes. 

Dans l’ombre, d’étranges personnages semblent s’intéresser de très près aux agissements d’Andreas et ne reculer devant rien pour l’empêcher de mener à bien ses recherches.  N’oublions pas que l’époque est tourmentée, soupçonneuse : le procès des Templiers vient de se terminer, l’Inquisition règne en maître et autour du roi, les luttes d’influence ne connaissent pas de répit…

A la suite de ses héros, Henri Loevenbruck nous emmène d’un bout à l’autre de la Chrétienté, à la recherche d’un ouvrage hypothétique, dans une course-poursuite passionnante.  De nombreux éléments sont à mettre au crédit de ce roman : un contexte riche et détaillé où le lecteur est plongé dès les premières pages ; un style adapté à la période suivie sans être hermétique pour autant ; des héros sympathiques et profondément humains, sans complaisance ; des rebondissements, fausses pistes, énigmes qui entretiennent le suspense et garde le lecteur en haleine, … 
 
L’ensemble donne une enquête haletante et une plongée dans un monde médiéval en ébullition.  Vous l’aurez compris, j’ai beaucoup apprécié ce voyage, en compagnie d’Andreas et de ses amis : un grand merci aux éditions J’ai lu pour cette découverte captivante !